A l’occasion de la 9ᵉ édition du Forum de l’IACE, jeudi 22 octobre 2026, un panel consacré aux tendances de la géopolitique et de l’énergie a réuni trois intervenants autour d’un même constat : le choc de 2026 impose à la Tunisie de choisir sa stratégie, en diversifiant ses sources et ses partenaires plutôt qu’en rêvant d’une indépendance totale.

Il a d’abord clarifié les termes. La sécurité énergétique ne se réduit pas à un taux d’indépendance, simple ratio entre production et consommation nationales. Elle englobe la continuité des approvisionnements, leur coût, la solidité des infrastructures et la capacité de résilience. La Tunisie l’illustre : outre le gaz algérien, elle importe centrales, systèmes de commande et logiciels.
Par ailleurs, le conflit opposant Israël et les États-Unis à l’Iran constitue, estime-t-il, le plus grand choc d’offre depuis la Seconde Guerre mondiale. Environ un cinquième du pétrole et du gaz naturel liquéfié (GNL) mondiaux transite par le détroit d’Ormuz et les stocks stratégiques de l’OPEP, situés derrière ce verrou, sont devenus inutilisables. Le pétrole a pourtant mieux résisté que prévu, avec un baril autour de 138 dollars, loin des 250 à 300 dollars redoutés. Le vrai maillon faible est le GNL : production, raffinage et transport sont touchés, et le gaz européen a atteint environ 87 euros le MWh. Il a aussi averti que la transition déplace les dépendances plus qu’elle ne les supprime : le raffinage des matériaux critiques est concentré en Chine.
L’interdépendance, clé diplomatique

Il invite aussi à n’accepter que les projets qui répondent aux priorités nationales, même financés à 100 %, pour éviter que le pays ne serve surtout les besoins de décarbonation européens. Enfin, il appelle à regarder le monde tel qu’il est, à la manière d’Henry Kissinger et à préparer dès maintenant l’après-guerre.
Sécurité plutôt que souveraineté

Concernant la Tunisie, il distingue deux notions. La souveraineté suppose de maîtriser tous ses moyens énergétiques ; la sécurité accepte d’importer, pourvu que l’énergie soit garantie au moindre coût. La première lui paraît peu raisonnable pour le pays, la seconde atteignable par une double diversification : celle des fournisseurs et celle des sources.
L’Algérie, souligne-t-il, n’est pas un robinet ouvert. Le gazoduc Transmed alimente d’abord l’Italie, la Tunisie ne percevant qu’une redevance et une part limitée. Le blackout algérien de l’été 2026 rappelle aussi que 10 à 15 % de l’électricité tunisienne provient de ce voisin. Il regrette qu’aucune centrale thermique n’ait été construite depuis 2019 et que l’idée d’un terminal d’importation de GNL, soulevée dans le débat public, n’ait pas abouti. Quant aux renouvelables, ils deviennent difficiles à gérer au-delà de 20 % du réseau sans stockage massif.
Il appelle à ne fermer aucune porte. Le gaz de schiste : une étude nationale lancée en 2015 s’est heurtée à des résistances politiques et écologiques, alors que l’Algérie conclut des conventions avec des sociétés américaines. Les concessions attirent des investisseurs étrangers et des financements, mais le régime d’autorisation favorise les producteurs locaux, au prix d’un coût plus élevé. L’hydrogène vert pose la question de l’eau. Et les petits réacteurs nucléaires modulaires méritent d’être mis sur la table.
Décider maintenant
Trois voix, un message : la géopolitique pèse, mais elle n’excuse pas l’absence de choix. Pour la Tunisie, il s’agit de définir ses priorités, de diversifier ses fournisseurs et ses sources et de négocier en position d’interdépendance. Des stratégies qui, rappelle Sami Ben Rejeb, se construisent sur vingt ans.