La filière européenne du raffinage réclame une stratégie industrielle de long terme pour préserver ses capacités de production. Alors que la contraction du secteur accentue les préoccupations concernant la sécurité énergétique, la compétitivité et la dépendance de l’UE aux importations de carburants.
Dans un communiqué, FuelsEurope, qui représente les intérêts de 40 entreprises actives dans la production et la distribution de carburants conventionnels et renouvelables, estime que les mesures d’urgence destinées à répondre aux tensions actuelles sur les marchés de l’énergie ne suffiront pas à garantir l’avenir du secteur. L’organisation salue les conclusions du Conseil européen du 15 octobre, dans lesquelles les dirigeants des Vingt-Sept ont souligné la nécessité d’optimiser à court terme les capacités et l’efficacité des raffineries européennes, dans un contexte de prix élevés de l’énergie et des carburants. Elle appelle toutefois à aller au-delà de ces mesures conjoncturelles concernant le raffinage.
« Traiter les pressions actuelles sans garantir les capacités industrielles de demain constituerait une erreur stratégique », avertit Liana Gouta, directrice générale de FuelsEurope. Elle estime que l’Europe doit créer les conditions permettant aux raffineries de poursuivre leur activité, d’investir, de se transformer et de rester compétitives au cours des prochaines décennies.
Une capacité industrielle en recul
Le secteur européen du raffinage subit depuis plusieurs années une érosion de ses capacités, sous l’effet de fermetures d’installations, de marges sous pression et de la transformation progressive de la demande énergétique.
Selon les données sectorielles de FuelsEurope et de sa branche scientifique Concawe, l’Europe (Union européenne, Royaume-Uni, Norvège et Suisse) comptait 72 raffineries classiques à la fin de 2025, pour une capacité de traitement primaire de 625,4 millions de tonnes par an. Cette capacité était inférieure de 167,6 millions de tonnes à celle de 2009, soit une baisse d’environ 21 %.
Cette contraction intervient alors que l’Europe demeure fortement dépendante des marchés internationaux pour son approvisionnement en produits raffinés. L’importation de pétrole brut ne suffit pas, à elle seule, à garantir la disponibilité des carburants nécessaires : le brut doit encore être transformé en diesel, essence, kérosène ou matières premières destinées à l’industrie chimique.
La sécurité énergétique et la défense en jeu
Pour FuelsEurope, le raffinage ne relève pas uniquement d’un enjeu commercial. Les installations européennes fournissent des produits indispensables aux transports, à l’industrie et aux activités de défense.
La disponibilité de carburants produits sur le continent est notamment déterminante pour les besoins militaires, la mobilité des forces et la résilience des infrastructures critiques. Une diminution supplémentaire des capacités locales pourrait accroître l’exposition de l’Europe aux perturbations des chaînes d’approvisionnement, aux tensions géopolitiques et aux restrictions à l’exportation imposées par des pays fournisseurs.
Les récentes tensions sur les marchés énergétiques ont ainsi remis en évidence la vulnérabilité liée à la dépendance aux importations de produits finis. La constitution de stocks stratégiques demeure importante, mais elle ne remplace pas entièrement une capacité industrielle permettant de transformer le pétrole brut en produits adaptés aux besoins européens.
Concilier compétitivité et transition énergétique
Le débat pose également la question de l’équilibre entre les objectifs climatiques européens et la préservation des infrastructures énergétiques pendant la transition. Les raffineries doivent investir pour réduire leur empreinte environnementale, améliorer leur efficacité et adapter leur production, tout en faisant face à la concurrence internationale et à l’évolution de la demande.
Le 6 octobre, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, avait annoncé l’ouverture d’un dialogue stratégique sur l’avenir du raffinage européen. Cette initiative vise à examiner les conditions nécessaires au maintien d’une capacité de production jugée importante pour la sécurité des approvisionnements et la compétitivité industrielle.
Pour FuelsEurope, l’enjeu est désormais de transformer cette reconnaissance politique en une stratégie cohérente, associant visibilité réglementaire, investissements et adaptation industrielle.
L’Union européenne doit ainsi arbitrer entre la réduction progressive de sa dépendance aux combustibles fossiles et la nécessité de sécuriser, pendant cette transition, l’approvisionnement en carburants et produits raffinés. Pour le secteur, l’absence de planification à long terme risquerait d’accélérer les fermetures et d’accroître la dépendance extérieure du continent.