Face aux pénuries de médicaments, au stress hydrique et à la dégradation des infrastructures publiques, l’expert en ressources hydriques, Houcine Rhili, questionne les priorités de l’investissement public, alors que la rénovation du stade d’El Menzah pourrait coûter jusqu’à 480 millions de dinars.
L’eau et les médicaments devraient passer avant la rénovation d’un stade, fût-il d’El Menzah. C’est le message défendu par l’expert en ressources hydriques Houcine Rhili dans une déclaration à L’Économiste Maghrébin. Il souligne que le coût du projet de rénovation dudit stade impliquant la Chine pourrait atteindre les 480 millions de dinars (MDT). Il estime donc que cet investissement devrait être examiné à la lumière des besoins urgents du pays et des choix budgétaires qu’ils imposent.
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Houcine Rhili rappelle que la Tunisie fait face à des pénuries de médicaments, qui concerneraient près de 50 % des produits selon son estimation, ainsi qu’à la dégradation des infrastructures des hôpitaux locaux, régionaux et universitaires. Les insuffisances touchent également les routes et les transports publics, notamment le réseau ferroviaire et le métro.
La situation est tout aussi préoccupante dans les secteurs de l’eau et de l’électricité. L’expert fait état d’un déficit de capacité électrique estimé à 1 400 mégawatts pendant les heures de pointe. Concernant l’eau, il souligne le vieillissement des réseaux de distribution, dont une partie a plus de cinquante ans, et les pertes qui en résultent. Ces défaillances aggravent les difficultés d’approvisionnement en eau potable et contribuent au recours croissant des ménages à l’eau en bouteille, particulièrement durant l’été.
Dans ce contexte, Houcine Rhili s’interroge sur la pertinence de mobiliser plusieurs centaines de millions de dinars pour un stade fermé depuis près de vingt ans. Il ne conteste pas l’importance du sport, mais estime que les investissements publics devraient d’abord répondre aux besoins fondamentaux de la population, notamment en matière de santé, d’eau et de services essentiels.
Dans ce contexte, Houcine Rhili s’interroge sur la pertinence de mobiliser plusieurs centaines de millions de dinars pour un stade fermé depuis près de vingt ans.
Le site d’El Menzah, un potentiel foncier à valoriser
Au-delà du coût des travaux, l’expert remet en question le maintien du stade dans son emplacement actuel, au cœur d’une zone densément urbanisée. Les grandes rencontres sportives y provoquent des perturbations de la circulation et des transports, compte tenu de la concentration de la population et des activités dans ce secteur.
A cet égard, il précise qu’une autre option aurait pu consister à reconvertir le site en espace destiné à des investissements immobiliers et commerciaux générateurs de richesse, tout en construisant de nouveaux équipements sportifs dans des zones éloignées des grands ensembles résidentiels. Cette approche permettrait de valoriser le foncier et de mieux intégrer les infrastructures sportives dans l’aménagement urbain.
Le développement du sport ne peut se limiter à la construction de grands stades … En privilégiant les équipements destinés aux grandes compétitions sans investir suffisamment dans la pratique sportive de proximité, la Tunisie risque, estime-t-il, de négliger la formation à la base.
Houcine Rhili estime également que le développement du sport ne peut se limiter à la construction de grands stades. Il déplore le recul du sport scolaire, universitaire et de quartier, qui constitue un vivier essentiel pour la formation des jeunes talents. En privilégiant les équipements destinés aux grandes compétitions sans investir suffisamment dans la pratique sportive de proximité, la Tunisie risque, estime-t-il, de négliger la formation à la base. La modernisation des infrastructures ne garantit pas, à elle seule, de meilleures performances sportives.
Pour illustrer l’importance d’une stratégie économique fondée sur la création de richesse, il cite le Maroc, qui a développé ses infrastructures portuaires, notamment Tanger Med, tout en renforçant son industrie automobile et en transformant son secteur touristique. Ces activités ont contribué à consolider la place du royaume dans l’économie régionale. Pour l’expert, cette expérience montre l’intérêt de soutenir des secteurs capables de créer de la valeur, de développer les exportations et de générer des revenus. Les infrastructures sportives devraient accompagner cette dynamique plutôt que se substituer aux investissements productifs.
Projet chinois : quelles garanties pour la Tunisie ?
L’éventuel financement chinois ne suffit pas, selon Houcine Rhili, à conclure que la rénovation sera sans coût pour la Tunisie. Il rappelle que les entreprises chinoises intervenant à l’étranger peuvent bénéficier de garanties ou de contreparties accordées par les États partenaires, selon les modalités négociées pour chaque projet.
L’expert s’interroge donc sur les engagements pris par l’État tunisien dans le cadre de cette opération. Quelles garanties ont été accordées aux entreprises chinoises ? Des contreparties financières ou des engagements portant sur des actifs publics sont-ils prévus ? Pour lui, ces questions doivent être clarifiées afin d’évaluer les implications réelles du projet pour les finances publiques.
Présenter cette rénovation comme un financement sans coût pour le pays ne dispense pas d’examiner les conditions de l’accord et les obligations éventuelles de l’État. La transparence sur le montage financier est indispensable pour mesurer la portée réelle de cet engagement.
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Investir dans l’eau pour préserver les ressources du pays
Houcine Rhili estime que les ressources mobilisées pour le stade pourraient être consacrées à des projets répondant aux urgences du secteur hydrique. Il évoque notamment la recharge des nappes phréatiques, la modernisation des réseaux d’irrigation et la réduction des pertes d’eau. Ces investissements permettraient de préserver les ressources disponibles et d’améliorer la productivité agricole dans un contexte de stress hydrique croissant.
Au-delà du cas du stade d’El Menzah, l’expert pose la question de l’affectation des ressources publiques. Pour lui, les investissements doivent être évalués à l’aune des besoins les plus pressants de la population et de leur capacité à soutenir durablement l’économie tunisienne. Le développement des infrastructures sportives ne peut se faire au détriment de secteurs aussi essentiels que l’eau et la santé.
Les investissements doivent être évalués à l’aune des besoins les plus pressants de la population et de leur capacité à soutenir durablement l’économie tunisienne.
