Le potentiel du marché africain est immense pour les exportateurs tunisiens, mais son exploitation reste entravée par des difficultés logistiques et, surtout, par les dysfonctionnements du système de paiement. Foued Guedich président de Taste Tunisia (Agrigold international), membre du bureau exécutif de la CONECT et ancien président de la CONECT International, livre à L’Economiste Maghrébin son analyse de cette question.
Il estime que le paiement interafricain constitue aujourd’hui le principal chantier à activer pour concrétiser les promesses de la ZLECAf. Tout en précisant: « La conjoncture internationale actuelle pousse la Tunisie à se tourner davantage vers l’Afrique. Le continent représente un potentiel considérable, mais son exploitation se heurte encore à deux obstacles majeurs : la logistique et le paiement. Ce sont, à mon sens, les deux leviers essentiels pour améliorer nos performances à l’export vers les marchés africains, dans un contexte international fragilisé par les tensions géopolitiques. »
Sur les barrières non tarifaires
Il souligne à cet effet: « La situation est très différente de celle que nous connaissons avec l’Union européenne. Au-delà des droits de douane, il existe aujourd’hui des barrières non tangibles, comme les exigences liées à l’empreinte carbone. Ces mécanismes ne se voient pas directement au moment du dédouanement, mais ils s’appliquent dès l’entrée d’un conteneur dans l’Union européenne. La tendance générale est clairement protectionniste. »
Sur l’intérêt des échanges interafricains, Foued Guedich met l’accent sur l’importance de mettre en place des outils concrets, en particulier des mécanismes de paiement interafricains.
Sur le problème du franc CFA
Citant l’exemple de la Côte d’Ivoire ou du Sénégal, deux marchés subsahariens importants pour la Tunisie. Foued Guedich revient sur les réelles difficultés de paiement. Il indique: « La Tunisie ne reconnaît pas le franc CFA dans ses transactions. L’exportateur tunisien doit donc être payé en euros ou en dollars. Le client d’Abidjan ou de Dakar est ainsi contraint d’acheter des euros pour régler sa facture à un Tunisien. Or, paradoxalement, l’exportateur tunisien a besoin de francs CFA pour se déplacer, prospecter, importer, payer des commissions ou financer ses activités sur place. Le système bancaire tunisien ne permet pas aujourd’hui d’effectuer ces transactions en franc CFA. »
Sur le mécanisme PAPSS
« Il existe pourtant un dispositif mis en place sous l’égide de la ZLECAf : le PAPSS, qui permet les virements entre monnaies africaines. La Banque centrale de Tunisie a adopté ce mécanisme, ce qui constitue une avancée importante. Mais son adoption ne suffit pas : encore faut-il que les banques, en tant qu’intermédiaires agréés, le mettent réellement en œuvre. C’est là que se situe le problème. À ce jour, les transactions restent limitées et nous revenons, en quelque sorte, à la case départ. », poursuit-il.
Sur les solutions à mettre en œuvre
« L’adoption du PAPSS par la Banque centrale doit désormais s’accompagner d’un effort pour convaincre les banques de l’appliquer. Certes, cela réduira certaines commissions et certains gains pour elles, mais l’enjeu est essentiel pour les opérateurs économiques, exportateurs comme importateurs. Faciliter les paiements, c’est fluidifier les exportations tunisiennes vers l’Afrique ». C’est l’un des points sur lesquels Foued Guedich demande à ce que l’on se concentre en priorité.
Et de conclure: « Au-delà du paiement, il y a les aspects douaniers et logistiques, qui sont tout aussi déterminants. La ZLECAf a le mérite d’avoir posé les bases d’un mécanisme continental, mais ces dispositifs doivent maintenant être effectivement appliqués pour que la Tunisie puisse avancer et saisir les opportunités du marché africain. »