À l’approche du projet de loi de finances 2027, trois secteurs de l’économie tunisienne haussent le ton. Consultés séparément par L’Économiste Maghrébin, leurs représentants dressent le même constat : une fiscalité jugée pénalisante qui met en péril la compétitivité, voire la survie, de pans entiers de l’activité. Trois filières, trois logiques, une même demande adressée au gouvernement : une fiscalité plus juste, condition, selon leurs représentants, de leur survie et de leur compétitivité.
Un écart de TVA de 12 points menace l’équilibre financier de tout un secteur, selon Malek Aloui, président du Groupement national du transport et de la logistique à la CONECT. Ce constat s’appuie sur des ateliers régionaux tenus à Sfax (21-23 mai 2026) puis à Tunis (25-27 juin 2026). Sa demande centrale : unifier à 7 % le taux de TVA sur les prestations de transport et sur l’achat de pièces détachées, pneus et carburants, actuellement taxés à 19 %, un déséquilibre qui pèse sur la trésorerie des professionnels et génère des crédits de TVA difficiles à récupérer.
Le groupement réclame aussi la possibilité d’acquérir directement à l’étranger, auprès des constructeurs et sans passer par les concessionnaires locaux, des véhicules et camions de moins de cinq ans, avec les mêmes exonérations fiscales et douanières que celles accordées au secteur touristique. Une mesure motivée, précise Malek Aloui, par le poids de l’investissement exigé par le cahier des charges et par la hausse des prix sur le marché local. L’activité de remorquage, de poussage et de transport des véhicules en panne réclame la même facilité d’importation : ce secteur doit en effet disposer d’au moins six camions dans un délai d’un an, une contrainte réglementaire lourde à financer dans un contexte de marché tendu. Le groupement demande par ailleurs d’autoriser les transporteurs internationaux à transférer à l’étranger les fonds nécessaires au fonctionnement de leurs véhicules : carburant, entretien, péages.
Le transport public non régulier de personnes (taxis, taxis collectifs, louages), fragilisé par la hausse des coûts d’acquisition et d’exploitation ainsi que par le gel des tarifs, fait l’objet de trois demandes distinctes : l’exonération de la TVA de 7 % sur les véhicules neufs, l’importation de véhicules de moins de cinq ans sous le même régime avantageux, et l’exonération de TVA sur les pièces de rechange, pneus et carburants, ces derniers étant déjà facturés hors TVA aux usagers.
Enfin, la logistique portuaire concentre une bataille à part entière. La TVA de 19 % appliquée à l’ensemble des prestations fournies dans les ports tunisiens à des clients étrangers réglés en devises (assistance aux navires, suivi des opérations, ravitaillement, carénage) désavantage la Tunisie face au Maroc, à l’Égypte, à la Turquie et à la Libye, où ces services internationaux échappent à toute taxation dès lors qu’ils sont réalisés hors des zones franches de Zarzis et Bizerte. Le groupement veut porter le dossier devant la commission des finances pour amender le Code de la TVA et obtenir une exonération totale, sur le modèle déjà appliqué au fret maritime.
Énergies renouvelables : un enjeu désormais qualifié de sécurité nationale
La dépendance énergétique de la Tunisie a franchi un seuil critique et menace directement sa souveraineté, avertit Sadok Besbes, président du Groupement professionnel des énergies renouvelables à la CONECT. Il pointe l’aggravation du déficit commercial et l’épuisement des réserves de devises, à l’approche de tensions d’approvisionnement attendues pour 2027.
Ses propositions au ministère des Finances : suppression totale des droits de douane et réduction de la TVA de 19 % à 7 % sur les équipements photovoltaïques, afin de contourner les lourdeurs administratives et les difficultés financières qui ralentissent les installations résidentielles, tout en soutenant les PME. Même logique pour les systèmes de stockage par batteries, jugés indispensables pour stabiliser le réseau électrique national face à l’intégration croissante des renouvelables : ce matériel, actuellement soumis à une pression fiscale lourde comparée à celle des pays voisins, devrait selon lui bénéficier de la même suppression des droits de douane et d’une TVA ramenée à 7 %. Pour Sadok Besbes, alléger la fiscalité à l’entrée reste la solution la plus efficace et la plus rapide, avant même d’envisager d’autres mécanismes de subvention.
Marbre : une filière qui dit vivre sous la menace de l’extinction
Plus de 50 000 familles et travailleurs dépendent d’un secteur que ses représentants disent menacé d’extinction, alerte Ali Drira, gérant de société et membre de la Chambre nationale des extracteurs et transformateurs de marbre affiliée à l’UTICA. Il attend de la loi de finances 2027 qu’elle mette fin à ce qu’il qualifie de traitement injuste et arbitraire subi par les entreprises de la profession, extraction et transformation confondues.
Au-delà des chiffres, Ali Drira insiste sur la dimension sociale du dossier : il ne s’agit pas seulement d’un enjeu industriel mais du gagne-pain de toute une population. L’essentiel des effectifs de la filière est constitué de petits artisans et d’exploitants vulnérables, implantés dans l’ensemble des régions de la Tunisie, sans exception.