Le contrôle d’un détroit a toujours valu une guerre. De l’Antiquité à nos jours, les grandes puissances se sont affrontées pour dominer ces passages stratégiques où se joue le commerce, et donc le pouvoir.
L’histoire récente en offre plusieurs illustrations frappantes. En 1967, la guerre des Six Jours a scellé, entre autres enjeux, le contrôle du canal de Suez, verrou entre mer Rouge et Méditerranée. Bien avant, en 1453, la chute de Constantinople consacrait la victoire ottomane sur l’Empire byzantin et livrait aux mains du sultan Mehmet II le détroit du Bosphore, porte d’entrée de la mer Noire. Plus loin encore dans le temps, en 711, le chef berbère Tariq ibn Ziyad menait ses troupes à la conquête de la péninsule ibérique en franchissant le détroit qui porte aujourd’hui son nom : Gibraltar.
Mais on oublie souvent l’une des toutes premières guerres de détroit de l’Histoire : les guerres puniques, qui opposèrent Carthage et Rome de 264 à 146 avant J.-C., jusqu’à la destruction totale de la cité punique.
Sicile, enjeu d’un affrontement séculaire
Menés d’abord par Hamilcar Barca, puis par son fils, le général Hannibal, les Carthaginois se sont battus pendant plus d’un siècle contre les légions romaines pour la maîtrise de la Sicile et de l’ancienne Syracuse. L’enjeu réel de ce conflit : le détroit de Sicile, ce bras de mer qui sépare Kélibia, au Cap Bon, de Marsala, en Sicile – à peine 145 kilomètres d’eau, mais un verrou vital entre les deux rives de la Méditerranée occidentale.
Une répétition de l’Histoire ?
Aujourd’hui encore, les détroits demeurent des points de friction géopolitique majeurs. La rivalité sino-américaine autour du canal de Panama, le blocage du détroit d’Ormuz entre Iraniens et Américains, ou celui de Bab el Mandeb par les Houthis du Yémen, semblent donner raison à Ibn Khaldoun. Selon la théorie du penseur et historien tunisien, l’Histoire ne serait qu’un éternel recommencement – les mêmes logiques de puissance se rejouant, siècle après siècle, sur les mêmes lignes de fracture maritimes.