À la veille de la 9ᵉ édition du Forum mondial de la mer à Bizerte, placée sur le thème «Agir pour une Méditerranée sans plastique», l’Institut français de Tunisie (IFT) a organisé, le 23 septembre 2026, un débat sur les défis environnementaux communs au bassin méditerranéen et les réponses à construire ensemble. Dans ce contexte, quelles sont les priorités d’action et quelles initiatives concrètes existent, côté européen et tunisien, pour concilier les enjeux économiques et la protection de l’environnement? Rencontre exclusive avec l’ambassadrice Nadia Hai, déléguée interministérielle à la Méditerranée au ministère de l’Europe et des Affaires étrangères de France.
La dimension scientifique est-elle essentielle pour mieux protéger l’environnement à grande échelle?
Absolument. La science est indispensable pour comprendre, mesurer et orienter l’action. Mais la protection de l’environnement ne peut pas se limiter aux études, aux analyses et aux recherches. Aujourd’hui, le constat est là.
Ce que nous imaginions comme un avenir lointain, c’est notre présent. Des personnes meurent lors de canicules extrêmes. Des incendies se multiplient à cause de la sécheresse et des bouleversements climatiques. Nous voyons aussi des inondations, des tempêtes et même des ouragans dans des régions de France où de tels phénomènes étaient inédits.
L’impact sur la santé humaine et animale est également avéré, notamment à travers la pollution, en particulier la pollution plastique, qui a beaucoup été évoquée lors du débat organisé à l’IFT dans le cadre des rendez-vous géopolitiques sur l’environnement.
Concrètement, que faire pour lutter efficacement contre le plastique?
La lutte contre la pollution plastique est au cœur du Forum mondial de la mer à Bizerte, qui réunit chercheurs, responsables politiques, autorités, scientifiques et entreprises pour réfléchir collectivement à la manière de limiter la production de plastique, d’en réduire les impacts sur la santé humaine et animale, et surtout d’agir vite.
L’urgence est là. Il faut passer du constat, des déclarations et des signatures de traités à l’action. Ces deux jours de forum sont importants: ils alertent les autorités, conduisent à des engagements, sensibilisent les pollueurs et tentent d’embarquer les industriels dans une transformation de leurs activités vers des modèles plus vertueux et plus protecteurs de l’environnement.
L’urgence est là. Il faut passer du constat, des déclarations et des signatures de traités à l’action. Ces deux jours de forum sont importants: ils alertent les autorités, conduisent à des engagements, sensibilisent les pollueurs et tentent d’embarquer les industriels dans une transformation de leurs activités vers des modèles plus vertueux.
Mais, en réalité, l’action commence chez chacune et chacun d’entre nous : trier ses déchets, ne pas les abandonner dans la nature, les mettre dans une poubelle, on en est parfois encore là. Limiter ses trajets en voiture, privilégier la marche ou le vélo,.. ce sont des gestes du quotidien.
Face aux grands pollueurs, l’effort individuel peut sembler dérisoire. Pourtant, si chacun y met du sien, le cumul devient considérable. La lutte contre les pollutions est à la portée de tous
Il est clair que ces forums sont aussi importants pour inciter, voire imposer, des normes et des réglementations aux plus gros émetteurs. Mais il faut que chacun se demande: qu’est-ce que je peux faire, à mon niveau, pour protéger l’environnement?
C’est la première fois que vous intervenez au Forum mondial de la mer?
Oui, car j’ai été nommée il y a un an et demi. L’année dernière, je n’ai pas pu m’y rendre : j’étais appelée à représenter la France à un autre événement de l’Union pour la Méditerranée, à Barcelone.
Cette année, je ne me voyais pas ailleurs qu’ici, à Bizerte, pour le Forum mondial de la mer. La Méditerranée est dans un état d’urgence absolue. Je me suis baignée cet été en Méditerranée, comme beaucoup de Tunisiennes et de Tunisiens, et j’ai remarqué quelque chose que je n’avais jamais observé auparavant : la température de l’eau, excessivement chaude.
Cela doit nous interpeller. Une mer plus chaude, c’est la disparition de la biodiversité marine. C’est la posidonie, cette plante qui capte le CO₂ et les émissions de gaz à effet de serre, qui est menacée. Selon les scientifiques, si nous ne faisons pas collectivement ce qu’il faut pour la préserver, la Méditerranée pourrait être déclarée « mer morte » d’ici 2050.
La préserver passe par les gestes du quotidien, mais aussi par la lutte contre tous les types de pollution: s’adresser aux industriels, décarboner le transport maritime, électrifier les ports, décarboner les activités portuaires.
La préserver passe par les gestes du quotidien, mais aussi par la lutte contre tous les types de pollution: s’adresser aux industriels, décarboner le transport maritime, électrifier les ports, décarboner les activités portuaires. C’est un ensemble d’actions à mener collectivement si nous voulons continuer à nous y baigner et surtout si nous voulons que cette mer continue de nous protéger.
Pensez-vous qu’agir maintenant, dire « stop » aux pollueurs, soit suffisant pour atteindre, à l’horizon 2050, l’objectif « zéro déchet, zéro pollution »?
En tout cas, c’est nécessaire. Toutes ces actions permettront, à défaut d’inverser immédiatement la tendance, de ralentir le phénomène, et peut-être, à terme, de le contenir.
Quand on défriche une terre, on voit parfois, au bout de quelque temps, de nouvelles plantes, de l’herbe, repousser. Il est donc possible de réimplanter des espèces vivantes en mer, de préserver la posidonie.
En définitive, il faut agir, parce que c’est obligatoire, parce que c’est urgent. Les résultats, on les verra ensuite. Mais il faut commencer maintenant.
Quand on défriche une terre, on voit parfois, au bout de quelque temps, de nouvelles plantes, de l’herbe, repousser. Il est donc possible de réimplanter des espèces vivantes en mer, de préserver la posidonie.