D’après une note de la CNUCED publiée en ce début septembre, le commerce mondial des services continue sa progression fulgurante. Mais derrière les chiffres flatteurs se cache une réalité plus dérangeante : un fossé qui se creuse entre pays riches et pays pauvres.
Les chiffres sont on ne peut plus impressionnants : +5,3 % par an en moyenne entre 2014 et 2024, soit plus du double du rythme des marchandises. En 2025, la hausse atteint 8,3 %, contre 6,5 % pour les biens. Les services pèsent désormais 27 % du commerce mondial, contre 23 % il y a dix ans, sur un total dépassant 35 000 milliards de dollars.
Le numérique tire cette croissance : les services livrables à distance progressent à 7,1 % par an et représentent déjà 56 % des exportations mondiales de services. Un secteur qui pèse lourd – selon la CNUCED, les services représentent les deux tiers du PIB mondial et plus de 50 % des investissements étrangers.
Le revers : une fracture numérique qui s’aggrave
Mais ce boom cache mal un système à deux vitesses. Pendant que l’UE et Singapour signent des accords bilatéraux, les règles internationales restent figées dans une autre époque. La CNUCED le reconnaît elle-même : ces règles datent d’avant l’ère numérique, et leur remplacement par une multitude d’accords bilatéraux ne fait qu’ajouter du désordre et de l’inégalité.
Les chiffres sont sans appel. Dans les pays les moins avancés (PMA), seulement 16 % des exportations de services sont livrables numériquement – contre 61 % dans les pays développés. La part des PMA dans le commerce mondial des services stagne à un ridicule 0,6 %. Depuis 2020, à peine 62 % des pays en développement et 66 % des PMA ont pu intégrer des accords sur le commerce électronique, contre 90 % pour les pays riches.
Un système qui s’auto-alimente
L’intelligence artificielle, concentrée dans une poignée de pays, accentue encore le déséquilibre, tout comme les lacunes en connectivité et en compétences numériques. Sans intervention volontariste, le commerce des services – présenté comme le nouveau moteur de la mondialisation – risque de devenir un outil d’exclusion supplémentaire pour les pays les plus pauvres, qui sont majoritairement africains.