La répétition des accidents ferroviaires en Égypte ravive les interrogations sur l’efficacité des financements consacrés à la modernisation du réseau. La Banque mondiale a relevé à « élevé » le niveau de risque financier et de gestion associé à un prêt de 421,2 millions de dollars, alors que l’indicateur central de sécurité n’a enregistré aucune amélioration depuis le lancement du projet en 2021.
Les performances du réseau ferroviaire égyptien sont de nouveau au cœur des interrogations, alors que les accidents continuent de se produire malgré les programmes de modernisation financés notamment par des prêts internationaux.
Dans son dernier examen, publié en août 2026, la Banque mondiale a relevé à « élevé » le niveau de risque lié à la gestion financière et au crédit d’un projet destiné à améliorer la sécurité des chemins de fer égyptiens. Cette décision intervient après le constat que l’indicateur principal de sécurité n’avait pas progressé à la fin de 2025.
Lancé en août 2021, ledit projet porte entre autres sur la modernisation de la signalisation, l’amélioration de la gestion des actifs ferroviaires, le renforcement des dispositifs de sécurité et le développement des capacités de l’Autorité nationale des chemins de fer égyptiens.
Un indicateur de sécurité toujours inchangé
L’un des principaux objectifs du programme était de réduire le risque de décès et de blessures graves sur le réseau. Or, l’indicateur mesurant ce risque est resté à 0,56 décès ou blessures graves par milliard de voyageurs-kilomètres, soit exactement son niveau de référence avant le lancement du projet. L’objectif fixé est de ramener cet indicateur à 0,44 d’ici mars 2027. Mais la dernière évaluation montre qu’à fin décembre 2025, aucune amélioration n’avait encore été enregistrée.
Le projet concerne notamment un axe ferroviaire de 763 kilomètres reliant Alexandrie, Le Caire et Nagaa Hammadi, dans le sud du pays. Certaines avancées sont toutefois enregistrées. Le taux de ponctualité des trains est passé de 75 % à 90 % en décembre 2025, dépassant l’objectif fixé. La mise en œuvre du système de gestion de la sécurité a également atteint 81 %, contre un objectif de 80 %. Mais ces progrès opérationnels ne se sont pas encore traduits par une baisse mesurable du principal indicateur de risque pour les passagers.
Le volet financier constitue une autre source de préoccupation. Le montant du prêt, après révision, atteint 421,2 millions de dollars, mais seulement 200,82 millions de dollars, soit 47,68 %, avaient été décaissés au moment de la dernière évaluation. Il reste donc 220,38 millions de dollars à mobiliser. Le projet doit actuellement arriver à échéance le 30 septembre 2027, ce qui réduit la marge de manœuvre pour utiliser la totalité des fonds dans les délais impartis. La Banque mondiale estime néanmoins que les objectifs de développement restent réalisables, malgré les retards accumulés.
Une succession d’accidents
Ces difficultés prennent une dimension particulière au regard des accidents enregistrés sur les lignes concernées depuis le lancement du projet. Les incidents recensés ces dernières années comprennent des collisions, des accidents impliquant des piétons et plusieurs déraillements de trains ou de wagons de marchandises. En octobre 2024, la collision entre une locomotive et l’arrière d’un train-couchettes entre Abou Qorqas et Minya avait notamment provoqué la chute de plusieurs éléments du train dans le canal d’Ibrahimiyah et fait trois morts.
Les incidents se sont poursuivis en 2025 avec plusieurs sorties de voie de wagons de marchandises et de trains de voyageurs. En 2026, des accidents impliquant des piétons ainsi que de nouveaux incidents ferroviaires ont encore été signalés dans plusieurs gouvernorats, notamment à Beni Souef, Sohag, Qena et Minya. Ces événements ne constituent pas, à eux seuls, une statistique exhaustive de l’ensemble des accidents du réseau. Ils illustrent néanmoins la persistance de risques que le programme financé par la Banque mondiale devait précisément contribuer à réduire.
Les statistiques officielles égyptiennes confirment par ailleurs que les accidents de véhicules et de trains font l’objet d’un suivi annuel par l’Agence centrale pour la mobilisation publique et les statistiques (CAPMAS).