Selon une enquête publiée mardi 8 septembre par le quotidien israélien Haaretz, les Émirats arabes unis auraient averti Benyamin Netanyahu des plans d’attaques du Hamas dix jours avant le 7 octobre 2023.
Et si Benjamin Netanyahu avait été averti de l’imminence de l’attaque du 7-Octobre, la plus meurtrière et la plus traumatisante dans l’histoire d’Israël, mais qu’il n’avait rien fait pour l’empêcher ? Et si cette tragédie résultait, au moins en partie, d’un grave manquement ou d’un aveuglement au sommet de l’État ?
C’est l’accusation explosive révélée mardi 8 septembre, en pleine campagne pour les élections législatives par le Haaretz et qui est tirée d’un nouveau livre signé par les journalistes Shlomi Eldar et Ruth Yuval, intitulé « Kidnapped : 843 Days of Abandonment ».
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Aveuglement
En effet, selon l’enquête menée par le grand quotidien israélien de gauche, Mohammed ben Zayed, président des Émirats arabes unis, aurait appelé Benjamin Netanyahu dix jours avant le 7-Octobre.
Pendant quarante-cinq minutes, racontent les deux journalistes de Haaretz, le dirigeant émirati aurait tenté de convaincre le Premier ministre israélien que Yahya Sinwar, alors chef du Hamas à Gaza – et depuis tué par l’armée israélienne-, préparait une opération d’une ampleur inédite contre Israël, avec le risque de mettre le feu à toute la région.
A ce propos, l’enquête révèle que Yahya Sinwar avait dit à un intermédiaire du Fatah palestinien qu’« une opération terrifiante » digne d’un « tremblement de terre » était en préparation. L’information serait ensuite remontée jusqu’à Mohammed Ben Zayed, par l’intermédiaire d’un de ses conseillers, qui l’a transmise à Netanyahu dans un contexte de normalisation des relations entre leurs deux pays.
Mais, à la surprise de son interlocuteur, Benjamin Netanyahu ne semble pas particulièrement alarmé. Selon lui, le Hamas préparerait une attaque en Cisjordanie occupée, et non depuis la bande de Gaza. Un raisonnement qui, rétrospectivement, prend une dimension particulièrement troublante.
Plus troublant encore, toujours selon cette enquête, le Premier ministre israélien n’aurait pas relayé les avertissements du dirigeant émirati, pourtant considéré comme l’un des hommes les plus influents du Moyen-Orient.
Dix jours plus tard, le 7-Octobre, le Hamas lançait son attaque surprise contre Israël. Dès lors, une question lourde de conséquences s’impose : si l’alerte était bien parvenue jusqu’au sommet de l’État israélien, pourquoi n’a-t-elle pas été prise au sérieux ?
Netanyahu « n’est pas apte à diriger le pays »
A noter que la publication de cette enquête a provoqué une réaction extrêmement virulente de la part des principaux opposants. Lesquels multiplient les critiques sur la gestion de la crise par le Premier ministre, à l’approche des élections législatives du 27 octobre et appellent à sa démission.
Ainsi, les principaux chefs de l’opposition, à l’instar de Gadi Eisenkot, Naftali Bennett, Yair Golan et Avigdor Liberman, ont publié une déclaration commune réclamant une enquête immédiate et approfondie. Ils estiment que ces révélations viennent s’ajouter à une série d’éléments mettant en cause la gestion de Netanyahu avant le 7-Octobre. Ils accusent surtout le Premier ministre de chercher à empêcher la création d’une commission d’enquête nationale indépendante, afin d’éviter que la lumière soit faite sur ce qu’il savait et sur ce qu’il a fait.
L’ancien chef d’état-major, Gadi Eisenkot, l’accuse en effet de fournir des excuses « pathétiques » pour se dédouaner, affirmant sur X que « Netanyahu a reçu des dizaines d’avertissements pour le 7-Octobre et il les a tous ignorés » ; concluant qu’« il n’est pas apte à diriger le pays ».
Netanyahu « porte une responsabilité personnelle et directe », a renchéri l’ancien Premier ministre Naftali Bennett. Il « ne peut pas continuer à exercer sa fonction une minute de plus », écrit-il sur X.
Déni
Face à cette avalanche de critiques, le cabinet de Netanyahu a dénoncé un « mensonge total », niant même l’existence d’un échange avec le responsable émirati, fin septembre 2023.
Pour sa part, Benyamin Netanyahu, a annoncé avoir donné instruction à ses avocats de déposer une plainte contre le quotidien israélien Haaretz, le journaliste Shlomi Eldar et d’autres responsables, qu’il accuse d’avoir « inventé une accusation mensongère » à son encontre, dans un message publié sur le réseau social X.
Politiquement, le coup est donc rude pour Netanyahu, d’autant plus que, profitant de cette aubaine, l’opposition tente désormais de transformer le dossier du 7-Octobre en référendum sur sa responsabilité personnelle.
Ainsi, après avoir longtemps débattu de la responsabilité de l’armée et des services de renseignement, le débat se recentre aujourd’hui sur le Premier ministre lui-même : a-t-il été averti, a-t-il minimisé la menace et, surtout, pourquoi n’a-t-il pas agi ?