Le Conseil de presse exige la libération de Mohamed Yousfi, interpellé dans la soirée du vendredi 4 septembre, et alerte sur un climat d’autocensure grandissant au sein de la profession.
Dans un communiqué publié samedi 5 courant, le Conseil de presse réclame la libération de Mohamed Yousfi, rédacteur en chef du média d’investigation Alqatiba, interpellé vendredi soir alors qu’il se rendait à une émission radio consacrée à la crise de l’eau. L’instance dénonce un « indicateur dangereux » qui s’ajoute à une série de précédents plaçant journalistes et médias sous la menace de l’intimidation et de l’emprisonnement.
Le Conseil prend soin de ne pas contester le droit des autorités à enquêter, un principe relevant selon lui de l’État de droit. Mais il pose une distinction claire : ces procédures ne doivent pas devenir un moyen de contourner les protections légales des journalistes, ni un outil de pression professionnelle — une nuance qui évite à l’instance de se poser en opposant systématique à la justice tout en fixant une limite nette.
L’alerte porte surtout sur l’effet cumulatif de ces affaires : normalisation des poursuites, montée de l’autocensure, et à terme « assèchement » des sources d’information, donc une atteinte indirecte mais réelle au droit du public à une information fiable.
Le Conseil réclame en parallèle le respect du secret des sources et la création d’un organe de régulation médiatique réellement indépendant, suggérant que le vide institutionnel actuel favorise ce type de dérive.
Fait notable, le communiqué pointe du doigt directement les autorités en place comme responsables de la dégradation du paysage médiatique décrit en des termes très durs : « effondrement », « désertification », presse « sans questions ». Cette charge, inhabituelle dans sa frontalité, traduit une inquiétude qui dépasse le cas individuel de Mohamed Yousfi pour interroger la trajectoire d’ensemble du pluralisme en Tunisie, tout en saluant, en creux, les rédactions qui continuent de résister à cette pression.
A noter qu’avant le Conseil de presse, le SNJT (Syndicat national des journalistes tunisiens) avait dénoncé l’interpellation du journaliste, s’inquiétant même de son état de santé.