Elle était arrivée au pouvoir comme le visage de la droite radicale italienne. Quatre ans plus tard, Giorgia Meloni s’est imposée comme le symbole d’une stabilité politique presque inédite dans un pays habitué aux gouvernements éphémères. Comment, diable, cette femme de 49 ans, issue de l’extrême droite, a-t-elle réussi là où tant de premiers ministres italiens se sont cassé les dents ?
Le paradoxe est saisissant. L’Italie a longtemps été considérée comme l’incarnation de l’instabilité gouvernementale européenne. Depuis la naissance de la République en 1946, le pays aura connu 68 gouvernements et 31 présidents du Conseil. La durée moyenne d’un gouvernement n’avait guère dépassé quatorze mois. Un record en Europe.
Et pourtant, Giorgia Meloni a réussi l’exploit de maintenir intacte sa coalition depuis son arrivée au Palazzo Chigi en octobre 2022. Le 4 septembre 2026, son gouvernement est devenu le plus durable de l’histoire républicaine italienne, avec plus de 1 413 jours au pouvoir, dépassant ainsi le précédent record détenu par Silvio Berlusconi.
Quelle est la recette de cette longévité hors norme ? Une combinaison de discipline politique, de pragmatisme idéologique et de maîtrise de la communication.
Discipline
Primo : son gouvernement repose sur une alliance pour le moins contre nature entre Fratelli d’Italia, Forza Italia et La Ligue de Matteo Salvini. Un attelage qui, sur le papier, semblait difficile à maintenir sur la durée tant les trois formations, bien qu’issues de la droite, affichent des sensibilités, intérêts et autres stratégies parfois divergents.
Sachant que La Ligue de Salvini a longtemps cultivé une ligne souverainiste et une certaine proximité avec les positions de Vladimir Poutine. Forza Italia, héritière de Silvio Berlusconi, reste davantage attachée à une culture libérale, européenne et atlantiste. C’est pourtant cette coalition hétéroclite que Giorgia Meloni est parvenue à maintenir en équilibre. Une prouesse politique dans un pays où les rivalités au sein des coalitions ont souvent précipité la chute des gouvernements. Et c’est précisément cette capacité à éviter les affrontements existentiels avec ses partenaires qui a permis à la coalition de survivre.
Pragmatisme
Secundo : lorsque Giorgia Meloni accède au pouvoir en 2022, une partie de l’Europe regarde Rome avec inquiétude, voire avec suspicion. Et il y a de quoi : comment composer avec cette nouvelle dirigeante au parcours politique marqué par ses racines post-fascistes, dont l’ascension s’est construite sur un discours souverainiste, une ligne dure sur l’immigration et une critique assumée de certaines orientations de Bruxelles ?
Mais arrivée au pouvoir, la nouvelle présidente du Conseil italien a rapidement compris qu’il fallait rassurer sans renier son identité, gouverner avec ses alliés sans les laisser prendre le dessus, parler aux marchés sans abandonner son électorat et s’imposer à Bruxelles sans entrer en guerre avec l’Europe. Bref, il fallait rassurer trois interlocuteurs essentiels : les marchés financiers, Bruxelles et Washington.
Ainsi, sur le plan financier, même si la croissance reste faible – la Commission européenne prévoit une progression du PIB de seulement 0,5 % en 2026 et 0,6 % en 2027 -, et en dépit d’une dette publique qui demeure extrêmement élevée et devrait atteindre 139,2 % du PIB en 2027, le gouvernement Meloni a réussi à donner aux marchés financiers l’impression d’une certaine discipline budgétaire. Le déficit public devrait passer de 3,1 % du PIB en 2025 à 2,9 % en 2026.
Meloni peut également mettre en avant l’amélioration de l’emploi. Son gouvernement revendique plus d’un million de nouveaux emplois stables depuis son arrivée au pouvoir, même si l’opposition conteste la lecture politique de ces chiffres.
Avec l’Union européenne, elle a adopté une stratégie beaucoup plus pragmatique qu’idéologique. Plutôt que d’affronter frontalement Bruxelles, elle a cherché à peser à l’intérieur du système européen.
Enfin, avec Washington, Giorgia Meloni a réussi à établir une relation privilégiée avec Donald Trump en combinant proximité idéologique, habileté diplomatique et pragmatisme politique ; les deux dirigeants partagent une même sensibilité sur l’immigration, la souveraineté nationale et les valeurs conservatrices… ce qui a rapidement favorisé leur rapprochement.
Meloni a surtout compris qu’avec Trump, la relation personnelle compte autant que les rapports de force diplomatiques. En privilégiant le dialogue et en évitant les affrontements publics, elle a gagné la confiance du président américain sans renoncer pour autant aux intérêts italiens.
Cette proximité sert d’ailleurs les deux dirigeants. Trump voit en Meloni une alliée européenne fiable et capable de parler à Bruxelles. Meloni, elle, utilise son accès privilégié à Washington pour renforcer le poids de l’Italie sur la scène européenne.
Maîtrise de la communication
Tertio : Giorgia Meloni a fait de la communication une véritable arme politique. Son premier atout ? Un langage simple, direct et facilement identifiable, qui lui permet de parler à son électorat sans passer par les codes traditionnels de la politique.
Elle soigne également son image, cultivant une proximité calculée avec les Italiens, tout en multipliant les apparitions sur les réseaux sociaux. Meloni sait surtout imposer ses propres thèmes et transformer chaque prise de parole en séquence politique. Même lorsqu’elle est critiquée, elle cherche à reprendre l’initiative et à occuper l’espace médiatique. Une stratégie qui lui permet de rester visible, lisible et politiquement incontournable. Du grand art.