Il est l’un des plus vieux cafés de Djerba. Sinon le plus ancien. Il a été notamment le lieu de tournage d’un des premiers films d’Omar Sharif. On raconte que ce dernier aurait appris sur les lieux du tournage la naissance de son fils Tarek.
Des cafés, il n’en manque pas en Tunisie. Le nombre est estimé à 40 000. Mais tous n’évoquent pas chez l’habitant ou le visiteur les mêmes souvenirs. Comme tous ne sont pas là depuis de longues années. Dans cette catégorie, le café Ben Daamache à Houmt Souk, à Djerba, a statut spécial. Aucune date précise n’est certes évoquée quant à son ouverture. Cependant, beaucoup de nos sources soutiennent qu’il était déjà là au milieu des années quarante du siècle dernier. Et les noms de Mohamed, Salem et Sadok Ben Daaamache surgissent comme des personnes associées à l’histoire de ce café.
Installé dans un lieu des plus stratégiques, au cœur de la vieille ville de la capitale de l’île de Djerba, il a tout le temps attiré la grande foule des Djerbiens et des touristes. Facilement reconnaissable par ses arcades devant lesquelles se trouve une terrasse de quelques dix mètres de large sur quinze mètres de long.
Le café se trouve à quelques encablures du souk « Errebaâa », que l’on présente comme « le cœur historique de Houmt Souk ». Et comme « le marché couvert le plus emblématique de Houmt Souk, la capitale de l’île de Djerba. Datant approximativement du XVIe ou XVIIe siècle, un labyrinthe voûté et une étape incontournable pour s’imprégner de l’artisanat et de l’atmosphère djerbienne ».
« Heureux qui pouvait s’asseoir à sa terrasse »
Il côtoie un autre lieu où des visiteurs notamment ne s’y rendent pas : le Fondouk des Maltais. Un ancien « caravansérail traditionnel témoigne de la forte empreinte économique et culturelle laissée par la communauté chrétienne maltaise installée à Djerba au XIXe siècle » et qui a connu son heure de gloire du temps où la communauté studieuse des Maltais (on estime qu’entre 500 et 1 000 Maltais résidaient à Djerba au plus fort des vagues migratoires de cette communauté poussée à l’émigration en raison des épidémies et de la pauvreté).
Outre les cafés, chichas et autres thé à la menthe, le café Ben Daamache s’est fait une spécialité en offrant du jus d’orange. Une boisson qu’il sert, y compris lorsque le fruit qui est utilisé pour le fabriquer, manque. Et des récits le concernant, il n’en manque pas aussi sur le net. Chadli Ghribi, un habitant de l’île des Lotophages, raconte, par exemple, dans un post Facebook, que dans la moitié des années soixante-dix du siècle dernier, « heureux qui pouvait s’asseoir à sa terrasse pour siroter un thé vert ».
« Surveiller les mouvements des forces coloniales »
Autre souvenir évoqué à l’endroit du café Ben Daamache, le tournage sur les lieux du film « Goha » de Jacques Baratier et dans lequel Omar Sharif tenait, en 1957, la vedette. On raconte que ce dernier aurait appris sur les lieux du tournage la naissance de son fils Tarek.
Le fait que la municipalité de Houmt Souk ait choisi de donner le nom de la place où se trouve le café Ben Daamache est sans doute de bon aloi. Des récits nous disent que le café accueillait des combattants pour la lutte nationale en ces termes : « Placées à l’entrée et stratégiquement ouvertes sur les carrefours de la médina, des banquettes permettaient aux clients fidèles de surveiller discrètement les mouvements des forces coloniales, des gendarmes français ou du contrôleur civil de l’île. Cela offrait aux militants installés à l’intérieur le temps nécessaire pour disperser leurs réunions ou cacher des tracts avant toute perquisition ».

