La Tunisie mise désormais beaucoup sur le dessalement pour échapper au stress hydrique. Sur le papier, l’ambition impressionne tout en étant louable : porter la part du dessalement dans l’eau potable de 8,5 % aujourd’hui à 35 % à l’horizon 2030. Dans les faits, c’est surtout l’aveu d’un système à bout de course, incapable de gérer autrement une ressource conventionnelle en chute libre.
Le problème, c’est le prix. Produire un mètre cube d’eau dessalée coûte environ 3,5 dinars à Sfax, Sousse ou Gabès – un montant que peu d’États peuvent se permettre de répercuter sur le citoyen sans subvention massive. Le projet de Sfax, financé par le Japon, avoisine à lui seul 780 millions de dinars. Autant de fonds empruntés ou offerts par des bailleurs extérieurs, qui interrogent sur la soutenabilité budgétaire réelle de cette stratégie une fois les financements internationaux taris.
Ensuite, il y a l’énergie. Le dessalement est un processus gourmand en électricité, dans un pays qui importe déjà une bonne partie de ses hydrocarbures. Miser sur cette technologie sans accélérer en parallèle les énergies renouvelables revient à déplacer le problème hydrique vers une dépendance énergétique tout aussi fragile.
Enfin, la mise en perspective donne le vertige : même avec un potentiel national dépassant 1,5 million de m3/jour d’ici 2030, la Tunisie ne représenterait qu’environ 1% du dessalement produit en Méditerranée, et moins de 0,25% de la capacité mondiale. Un effort colossal à l’échelle du pays, mais dérisoire face à l’ampleur du défi climatique régional.
Le dessalement n’est pas une mauvaise idée en soi – c’est une réponse nécessaire à une urgence réelle. Mais présenté comme solution miracle, sans débat sur son coût, sa facture énergétique et sa dépendance aux financements étrangers, il ressemble surtout à un pansement onéreux sur une gestion de l’eau qui peine à se réformer en profondeur.
Par conséquent, il serait judicieux d’accélérer les énergies renouvelables qui peuvent rapidement opérationnelles et rentables. Mais cela dit, la STEG doit accéder de céder un peu de ses « prérogatives ».