Le concert d’Al Shami, donné dans le cadre de la 43ᵉ édition du Festival international de Bizerte, a suscité de vives réactions et profondément divisé l’opinion publique.
D’un côté, ses admirateurs ont manifesté un enthousiasme débordant, transformant la soirée en véritable démonstration de ferveur. De l’autre, de nombreux internautes ont estimé que l’artiste ne correspondait pas au prestige d’un festival qui a accueilli, au fil des décennies, de grandes figures de la musique arabe et internationale.
Face à ces critiques, plusieurs voix se sont élevées pour rejeter ces soi-disant artistes appréciés par les nouvelles générations, rappelant qu’un festival a aussi pour vocation de refléter l’évolution des sensibilités musicales et de toucher un public diversifié.
Au-delà du débat artistique, une autre polémique a retenu l’attention, notamment dans les milieux journalistiques. Plusieurs journalistes ont regretté qu’Al Shami n’ait accordé aucune interview ni répondu aux questions de la presse. Cette attitude relance une interrogation récurrente : lorsqu’un artiste est invité dans le cadre d’un événement largement financé par des fonds publics, ne devrait-il pas également faire preuve d’une certaine disponibilité envers les médias et le public ? Pour certains observateurs, le statut de vedette ne devrait jamais dispenser d’un minimum d’ouverture et de respect envers ceux qui contribuent à faire vivre la scène culturelle.
Enfin, cette controverse soulève une question plus large sur les choix de programmation. Si l’ouverture aux artistes étrangers enrichit sans aucun doute les festivals, elle ne devrait pas se faire au détriment des talents nationaux. La scène musicale tunisienne regorge d’artistes capables d’attirer le public et de représenter dignement la création locale. Valoriser davantage le « Made in Tunisia » ne signifie pas se fermer aux autres, mais trouver un équilibre entre rayonnement international et soutien à la production artistique nationale.
Au fond, le véritable enjeu dépasse le cas d’Al Shami. Il s’agit de concilier liberté de création, diversité culturelle, exigence artistique, respect du public. C’est à cette condition que les festivals tunisiens continueront de faire rayonner la culture tout en restant fidèles à leur mission.