À l’échelle mondiale, sur 141 juridictions passées au crible par le Tax Justice Network dans son Financial Secrecy Index 2026, la Tunisie se classe au 102e rang. Ce positionnement met en lumière les points faibles en matière de transparence financière malgré quelques avancées ponctuelles sur certains volets réglementaires.
Avec un score FSI de 71 sur 100 (valeur FSI pondérée : 0–2 018), la Tunisie présente un profil contrasté. Des dispositions favorables à la transparence existent, notamment autour de l’obligation de publication des comptes et des rapports pays par pays pour certaines entités, mais elles cohabitent avec d’importantes zones d’ombre qui facilitent l’opacité.
Plusieurs indicateurs soulignent les vulnérabilités les plus critiques. Le secret bancaire demeure élevé (indicateur 1). Tandis que la transparence sur la propriété immobilière est particulièrement faible (indicateur 6 : 70), ouvrant la porte aux achats en liquide via le secteur immobilier. L’administration fiscale affiche par ailleurs des carences en matière de conformité (indicateur 12 : 80). Ce qui fragilise la capacité de l’État à détecter et taxer les revenus complexes et les patrimoines importants.
Le pays affiche aussi des lacunes structurelles sur la transparence des entités juridiques. Les dispositifs d’enregistrement et d’accès public aux bénéficiaires effectifs sont quasi inexistants pour certaines structures (indicateurs 2, 3 et 5 = 0). Alors que la réglementation relative aux sociétés en commandite simple et aux sociétés à responsabilité limitée révèle une forte opacité (indicateurs 7 et 8 = 100). Paradoxalement, les obligations de dépôt et de publication des comptes annuels sont bien notées (indicateur 9 : 100), tout comme l’exigence ded rapports pays par pays pour certaines multinationales (indicateur 10 : 100).
Sur le plan international, la coopération reste insuffisante. L’échange automatique d’informations affiche une note moyenne (indicateur 18 : 50), l’échange d’informations sur demande est quasi absent (indicateur 19 : 0). Et la coopération juridique internationale est très limitée (indicateur 20 : 10).
Autres points préoccupants : l’imposition des revenus de capital semble insuffisante (indicateur 14 : 100). Car les statistiques publiques essentielles ne sont pas toujours publiées de manière exhaustive (indicateur 15 : 60). De même que les régimes de « visas dorés » présentent des risques d’abus (indicateur 13 : 38). La transparence concernant les décisions fiscales anticipées et les contrats dans les industries extractives reste limitée (indicateur 16 : 30).
En conclusion, la Tunisie affiche un paysage hybride : des progrès relatifs en matière de publication comptable coexistent avec des faiblesses structurelles, secret bancaire, manque de transparence immobilière et coopération internationale limitée. Lesquels continuent d’exposer le pays aux risques d’évasion fiscale, de blanchiment et d’utilisation de véhicules juridiques opaques.
Ainsi, pour améliorer durablement son classement, des réformes ciblées sont nécessaires. Tout d’abord, cela passe par la mise en place d’un registre public des bénéficiaires effectifs. Ensuite, il faudrait renforcer l’échange d’informations internationales. Enfin, l’amélioration des capacités de l’administration fiscale est essentielle.