Les vieux qui ont vu le film de Jean-Luc Godard « Made in USA » à sa sortie en 1966 se rappellent peut-être de la fameuse scène électorale dans un bureau vote. La scène montre deux flics l’air menaçant, lunettes noires, qui posent une question aux électeurs qui défilent dans le bureau de vote : « Pour qui tu vas voter ? ». Répondant à la question, le premier annonce le nom d’un parti qui devrait être de droite. Les flics lui répondent : « Tu as droit à 20 bulletins », et ils lui tendent 20 bulletins qu’il dépose dans l’urne. Le suivant, annonçant que sa voix ira à un parti de gauche, se voit répondre : « Tu as droit à un demi-bulletin ». Le flic déchire le bulletin en deux et lui tend la moitié que le pauvre électeur, interloqué, dépose dans l’urne…
On ne peut pas ne pas avoir cette étrange scène en tête, quand on suit les manœuvres qui se trament déjà à Washington en vue des élections de mi-mandat en novembre prochain dans le fol espoir de prévenir la défaite de Trump, annoncée par pratiquement tous les sondages d’opinion.
En effet, ce qui se trame à ce niveau dans les coulisses de la Maison Blanche et du Pentagone est inquiétant, si l’on en croit nombre de commentateurs américains, dont le célèbre Seymour Hersh qui vient de tirer la sonnette d’alarme dans un article publié sur son Substack le 23 juillet et intitulé : « The plot against the Midterms » (Le complot contre les élections de mi-mandat).
Mais il faut rappeler tout d’abord le discours prononcé le 16 juillet 2026 par Trump dans lequel, après avoir rappelé « les fraudes massives en faveur de Biden » lors des élections de 2020, il a insinué que la même chose se préparerait pour l’automne prochain à travers … « les ingérences de la Chine ».
Etrangement et à l’étonnement général, Trump a affirmé, comme d’habitude sans preuve aucune, que « des documents montrent que, sur plusieurs années, à partir de l’élection de 2020, la Chine a mené ce qui apparaît comme la plus grosse opération de piratage de données électorales de l’histoire, aboutissant à l’acquisition illicite par Pékin de 220 millions de fichiers d’électeurs américains »! Que faut-il comprendre par-là sinon que si Trump gagne, l’élection est régulière, s’il perd, c’est la faute de la Chine…
Tout porte à croire que Trump s’évertue à faire entrer le doute dans la tête des électeurs que les prochaines élections ne seront pas régulières en cas de défaite du parti républicain. Mais si Trump s’active en pointant du doigt la Chine, ses collaborateurs s’activent sur le terrain.
Durant sa très longue carrière, Seymour Hersch a réussi à avoir un vaste réseau de contacts haut placés dans les différentes administrations qui lui communiquent des informations de première main qu’il exploite jusqu’à ce jour. Dans son article du 23 juillet, Hersch écrit : « La Maison Blanche est en train de contrecarrer les efforts du gouvernement fédéral visant à garantir des élections légitimes en tentant de saisir illégalement des bulletins de vote, des machines à voter et du matériel électoral, en truquant les cartes électorales et en ciblant des organisations de défense des droits des électeurs ».
Pourquoi cette frénésie des Républicains de vouloir gagner les élections de novembre par tous les moyens ? Parce qu’une perte de majorité dans les deux chambres du Congrès au profit du parti démocrate impliquera très probablement la destitution de Trump par la procédure d’impeachment.
Le « Campain Legal Center » (CLC) qui veille à l’intégrité des élections a averti dans un rapport publié récemment : « Nous devons être lucides quant à l’issue des élections de mi-mandat. Trump et ses alliés préparent le terrain pour de futures subversions électorales en érodant progressivement la confiance du public dans le processus électoral et en plaçant des fidèles au sein du gouvernement, capables d’annuler des résultats légitimes ».
Mais Seymour Hersch rapporte des informations plus inquiétantes encore que lui ont livré ses contacts hauts placés : « Les responsables électoraux de la Maison Blanche savent que la saisie des bulletins de vote n’est pas politiquement viable et envisagent désormais de déployer des troupes pour surveiller les bureaux de vote dans les États où la compétition est féroce, dans l’espoir de dissuader certains électeurs de se rendre aux urnes. Le plan actuel prévoit le déploiement d’unités du Corps des Marines dans les zones à forte concentration de minorités, notamment dans des États comme le Texas ou la Géorgie. L’idée est que certains Hispaniques et autres citoyens de couleur rebroussent chemin à la vue de soldats américains et s’abstiennent de voter ».
Inquiet, mais nullement étonné de l’état de déchéance politique et morale de l’Amérique d’aujourd’hui, Seymour Hersch conclut avec amertume : « Nous avons un président de plus en plus déséquilibré qui déclenche des guerres inutiles, plonge le pays dans des crises financières et cherche à instrumentaliser l’armée et le corps des Marines à des fins politiques. Malgré cela, il est accueilli à bras ouverts et flatté par les élus de son parti ».