Hammamet, 24 juillet 2026. Le théâtre de plein air a rouvert ses portes à une voix qui l’habite depuis des décennies : celle de Marcel Khalifé. Pour cette 60ᵉ édition du Festival International, le musicien libanais a livré bien plus qu’un concert, un condensé d’histoire, d’engagement et de transmission.
L’amphithéâtre était plein jusqu’aux derniers rangs. Dans les gradins se côtoyaient des spectateurs venus découvrir l’artiste et d’autres qui suivent son parcours depuis ses débuts, il y a un demi-siècle. Cette mixité des âges a donné à la soirée une tonalité particulière, celle d’un répertoire capable de traverser les générations sans perdre de sa force.
Le programme a puisé dans les compositions qui ont marqué l’imaginaire collectif arabe, portées par un sentiment de fierté retrouvée. À plusieurs reprises, la limite entre la scène et le public s’est effacée : les spectateurs ont repris les chants en chœur, créant un moment de communion collective avant que le concert ne se referme sur une note empreinte de nostalgie.
Un instant a particulièrement marqué les esprits : celui où Sary Khalifé, le fils de l’artiste, a joué un solo de violoncelle. Un silence s’est installé dans la salle avant de céder la place à une longue ovation.
La dimension intergénérationnelle ne s’est pas limitée au public. En fin de concert, de jeunes musiciens tunisiens sont montés sur scène aux côtés de Marcel Khalifé. Ces instrumentistes l’avaient déjà accompagné en 2025, à Douz, dans le gouvernorat de Kébili, à l’occasion de la 4ᵉ édition du festival « Nجع Art », où l’artiste avait effectué une résidence.
À Hammamet, cette rencontre s’est prolongée par un échange musical entre l’oud de Khalifé et les instruments de ces jeunes artistes formés à son école, symbolisant une transmission assumée de son héritage.
La soirée a également été marquée par un geste de solidarité artistique : le musicien palestinien Faraj Suleiman a assisté au concert. La veille, Marcel Khalifé s’était lui-même rendu au récital de Suleiman, donné sur la même scène, et avait tenu à échanger avec lui.
Une conception de l’engagement artistique éloignée du slogan
Reçu par la presse après le concert, Marcel Khalifé est revenu sur sa conception de la chanson engagée, qu’il distingue du militantisme frontal. Il a expliqué ne jamais avoir composé d’hymnes au sens propre du terme, précisant qu’à l’époque des bombardements sur Beyrouth, il choisissait de chanter la douceur et la vie plutôt que la confrontation directe. Pour lui, la chanson relève d’abord d’une démarche intérieure, éloignée de toute posture martiale.
L’artiste a évoqué, avec une émotion perceptible, la disparition de plusieurs compagnons de route, ainsi que les destructions subies par le Liban-Sud et le sort des populations déplacées par l’occupation. Il a néanmoins présenté la création artistique comme une réponse à ces épreuves : un acte de résistance porté par l’espoir plutôt que par le repli.
« La Murale » : un projet de longue haleine désormais achevé
Marcel Khalifé a par ailleurs annoncé avoir terminé, après plus de deux années de travail, la composition musicale de « La Murale », adaptation de l’un des poèmes majeurs de Mahmoud Darwich. Le projet associe orchestre, chœur, théâtre et danse, et prévoit d’intégrer la voix enregistrée de Darwich lui-même dans le rôle du récitant, aux côtés du musicien tunisien Dhafer Youssef.
L’œuvre n’a pas encore été présentée sur scène ; Khalifé espère la produire dès que les conditions le permettront, la considérant comme l’un des aboutissements majeurs de sa carrière.