Hervé Renard a tiré sa révérence. Trois matchs, trois défaites, une élimination sans gloire. L’intérim le plus court de l’histoire de la sélection tunisienne s’achève comme il avait commencé : dans le chaos et l’improvisation. On retiendra surtout qu’il aura fallu une gifle de cinq buts face à la Suède pour que la Fédération tunisienne de football se décide enfin à agir. Trop tard, trop peu, trop mal.
Car le problème n’est pas Hervé Renard. Le problème, c’est ce qui a rendu sa nomination nécessaire. Sabri Lamouchi propulsé sélectionneur sans véritable projet. Une préparation bâclée. Un groupe démoralisé avant même d’avoir joué. Et derrière tout cela, une fédération qui gère le football tunisien comme on gère une crise permanente : dans l’urgence, par réflexe, sans cap.
Le technicien français, lui, est parti avec ses formules policées et son Instagram soigné. « Ce fut un honneur. » Soit. Mais l’honneur du football tunisien, lui, a pris un sacré coup. Trois défaites, zéro but marqué face au Japon et aux Pays-Bas, une équipe fantôme qui n’a jamais existé en tant que collectif. Ce n’est pas un accident de parcours, c’est le symptôme d’un système à bout de souffle.
La vraie question n’est pas de savoir qui s’assoira sur le banc des Aigles de Carthage. Elle est de savoir si quelqu’un, quelque part, a enfin le courage de nommer les problèmes : l’absence de formation structurée des jeunes talents, la médiocrité du championnat local, les querelles intestines au sein de la fédération, et cette fâcheuse habitude de confondre un sélectionneur réputé avec une politique sportive.
La génération Msakni appartient au passé. Celle qui devait la remplacer n’a jamais vraiment émergé, faute d’investissement, faute de vision, faute de volonté. Pendant que le Maroc construisait méthodiquement un projet footballistique cohérent, la Tunisie changeait de sélectionneurs comme d’autres changent de chemise.
Renard, lui, rebondira. Son palmarès parle pour lui et les offres ne manqueront pas. La Tunisie, en revanche, n’a pas ce luxe. Elle entre dans un cycle qui pourrait la tenir éloignée des grandes compétitions si rien ne change en profondeur. Le prochain Mondial, c’est dans quatre ans. Quatre ans, c’est long. Quatre ans, c’est court. Tout dépend de ce qu’on en fait.
Et pour l’instant, on n’en fait rien.