La Chambre américaine des représentants a adopté mercredi 3 juin un texte ordonnant le retrait des troupes américaines dans la guerre contre l’Iran. Un texte qui revêt un caractère avant tout symbolique mais un camouflet pour Donald Trump qui a engagé son pays dans ce conflit hasardeux, ruineux et sans issue.
Le Congrès américain qui se rebiffe enfin contre les pouvoirs exorbitants du président des Etats-Unis ? « Qui ferait quelque chose d’aussi antipatriotique » ? Ainsi s’est indigné Donald Trump en réaction au texte ordonnant le retrait des troupes américaines dans la guerre contre l’Iran. Tout en insinuant que cette initiative perturbait les pourparlers en cours avec l’Etat islamique car les députés qui l’ont approuvé « savent bien où en sont les négociations», a-t-il précisé le 4 juin sur son réseau Truth Social en accusant au passage les députés démocrates de « préférer voir notre pays échouer plutôt que de m’accorder une nouvelle, parmi tant d’autres, victoire ».
Déclarations contradictoires
Donald Trump qui est pressé de trouver une porte de sortie, a déjà laissé entrevoir plusieurs fois ces derniers jours un accord proche, sans résultat tangible. Depuis le Bureau ovale, il a déclaré que les discussions avec Téhéran se déroulaient « très bien » et pourraient aboutir « ce week-end ». Il a même déclaré le jour même qu’il « aimerait rencontrer » Mojtaba Khamenei, considérant dans une interview au site du New York Post que le guide suprême iranien était réellement « impliqué » dans les décisions de Téhéran.
Pour sa part, le chef de la diplomatie américaine, Marco Rubio, a insisté mercredi lors d’une audition parlementaire sur le fait que les opérations militaires majeures contre l’Iran étaient terminées malgré les nouveaux affrontements entre l’Iran et les Etats-Unis.
« Nous ne menons plus de frappes soutenues en Iran pour affaiblir leurs forces armées, car l’opération Epic Fury est terminée », a-t-il déclaré après avoir assuré la veille lors d’une autre audition parlementaire que « la guerre était terminée ».
Mais l’optimisme des Américains a été douché par le ministre des Affaires étrangères iranien qui a affirmé mercredi soir qu’il n’y avait « aucun progrès tangible » dans les négociations avec les Etats-Unis pour mettre fin à la guerre au Moyen-Orient.
Une guerre « illégale et impopulaire »
C’est dans ce contexte d’incertitudes sur les négociations en cours entre les Etats-Unis et l’Iran que la résolution adoptée mardi 3 juin par les élus de la Chambre des représentants des Etats-Unis et s’appuyant sur la Constitution qui donne au Congrès le pouvoir exclusif de déclarer la guerre, a ordonné à l’administration Trump de cesser les hostilités en Iran. Et ce, faut-il le souligner, grâce aux voix de quatre députés républicains.
En effet, si la loi permet au président de déclencher des hostilités pour répondre à une menace imminente, elle exige qu’il obtienne l’autorisation du Congrès sous 60 jours. Mais début mai, Donald Trump est passé outre cette date limite en arguant que le conflit, débuté le 28 février par des frappes américaines et israéliennes, était terminé en raison du cessez-le-feu en cours.
Un argument contesté par les démocrates qui rétorquent que des forces américaines sont toujours engagées sur place pour faire respecter un blocus des ports iraniens.
« C’est un message fort et sans équivoque à l’adresse de Donald Trump de la part des Américains, Il est temps de mettre fin à cette guerre illégale et profondément impopulaire », ont déclaré les élus démocrates de la commission des affaires étrangères.
L’arme du veto présidentiel
Toutefois, cette résolution revêt un caractère avant tout symbolique et politique : pour s’imposer face au président, le Congrès aurait besoin d’une majorité des deux tiers dans les deux chambres afin de surmonter le veto présidentiel. Ce qui est politiquement très difficile, voire impossible aujourd’hui. D’ailleurs, une résolution similaire avait passé une étape-clé de procédure au Sénat à la fin de mai, et l’adoption à la chambre haute pourrait avoir lieu dès cette semaine.
Mais, même en cas d’adoption par les deux chambres du Congrès après la navette parlementaire, Donald Trump posera sans doute son veto pour empêcher la promulgation du texte. Retour à la case départ.
Cependant, le texte adopté mercredi dernier et qui vise en réalité à réaffirmer l’autorité du pouvoir législatif sur cette question face au pouvoir exécutif, représente un camouflet pour Donald Trump qui a engagé les Etats-Unis, sans l’aval du Congrès, dans un bourbier dont il a du mal à se sortir.