Une note intitulée Reprise économique en période d’incertitude pour la Tunisie, a été publiée au printemps 2026 par l’Institut Arabe des Chefs d’Entreprises (IACE). Son diagnostic est sans appel : guerre en Iran, guerre commerciale américaine, ralentissement européen — la Tunisie subit un triple choc simultané qui menace de ramener sa croissance à 1 % seulement en 2026. Soit à peine de quoi absorber sa croissance démographique.
Depuis février 2022, le monde traverse une ère de turbulences structurelles sans équivalent récent. L’invasion de l’Ukraine avait d’abord ébranlé les marchés de l’énergie et des céréales à l’échelle planétaire. Le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche en novembre 2024, avec sa politique tarifaire erratique, avait ajouté une couche d’incertitude commerciale inédite. Puis la guerre en Iran, déclenchée fin février 2026, est venue frapper un système mondial déjà sous tension.
Pour la Tunisie, petite économie ouverte dépendante de ses importations d’hydrocarbures et de céréales, la confluence de ces trois chocs représente un défi d’une ampleur comparable à celui de 2022, mais dans un contexte de marges de manœuvre encore plus étroites.
L’IACE souligne que ce contexte n’est pas qu’une succession de crises conjoncturelles. Il traduit une rupture profonde avec l’ordre économique mondial qui prévalait sous l’égide de l’OMC. Les grandes puissances ont toutes renoué avec le protectionnisme industriel : l’Inflation Reduction Act aux États-Unis; les plans de souveraineté industrielle en Europe; les subventions massives aux entreprises publiques chinoises. Le monde se fragmente en deux blocs, le camp occidental d’un côté, les BRICS+ de l’autre, et la Tunisie doit apprendre à naviguer entre les deux.
Une économie déjà fragilisée avant le choc
La croissance tunisienne connaît un ralentissement continu depuis 2011, aggravé successivement par la pandémie de Covid-19 à partir de 2020, puis par les répercussions de la guerre en Ukraine en 2022 et 2023. Un timide rebond s’était amorcé en 2024 avec 1,6 % de croissance, grâce notamment à de bonnes conditions climatiques qui avaient propulsé la valeur ajoutée agricole de 9 %, puis de 10 % en 2025, contribuant à hauteur d’un point de PIB. Ce sursaut agricole avait permis d’atteindre 2,5 % de croissance en 2025. Mais les institutions internationales, qui anticipaient 2,1 % pour 2026 avant la crise iranienne, devront réviser significativement leurs projections.
La note de l’IACE redoute une stagnation aux alentours de 1 % par an en 2026 et 2027. Trois mécanismes expliquent cette contraction. Tout d’abord la flambée des prix internationaux du pétrole et des céréales pèse directement sur les finances publiques et le pouvoir d’achat. Ensuite, les perturbations des routes maritimes renchérissent les coûts logistiques. Enfin le ralentissement de la croissance européenne pénalise les exportateurs tunisiens qui dépendent massivement de ce marché.
Adapter la stratégie à la nouvelle donne
Face à cette nouvelle donne géopolitique, l’IACE préconise que la Tunisie adopte une stratégie de diversification de ses partenariats commerciaux et politiques.
Concrètement, cela signifie maintenir la coopération historique avec les institutions occidentales comme la Banque mondiale et le FMI. Et ce, tout en exploitant la position géographique du pays pour exporter vers l’Europe de l’énergie solaire et de l’hydrogène vert. En parallèle, la Tunisie devrait renforcer ses partenariats techniques avec des puissances émergentes comme la Turquie et la Corée du Sud. De même qu’il est nécessaire qu’elle s’ouvre davantage à la coopération avec la Chine, via des instruments financiers dédiés aux infrastructures.
Dans un monde fragmenté, la neutralité active et la diversification des alliances constituent la meilleure couverture de risque pour un petit pays ouvert.