L’agence Fitch Solutions a revu à la baisse vendredi 27 mars ses prévisions de croissance pour l’économie égyptienne, pointant les effets persistants des tensions géopolitiques et des déséquilibres macroéconomiques.
Pour l’exercice en cours, la croissance est désormais attendue à 4,9 %, contre 5,2 % précédemment. Les perspectives pour l’exercice suivant ont également été ajustées à 5,2 %, en dessous des objectifs du gouvernement (5,4 %). En cas de prolongation du conflit régional, la croissance pourrait même tomber à 4,5 %.
Malgré ce ralentissement, les performances restent supérieures à la moyenne de la décennie passée (4,3 %), signe d’une reprise encore fragile mais réelle.
La révision s’explique principalement par l’érosion du pouvoir d’achat des ménages, entraînant un ralentissement de la consommation. Fitch anticipe une inflation plus élevée en 2026, autour de 13 %, portée par la hausse des prix de l’énergie, des transports et potentiellement de l’électricité.
La dépréciation de la livre égyptienne et l’augmentation des coûts d’importation accentuent ces pressions inflationnistes.
Tourisme et canal de Suez fragilisés
Les recettes extérieures seront elles aussi affectées. Le tourisme, pilier de l’économie (10 à 12 % des entrées), devrait ralentir fortement en raison des inquiétudes sécuritaires et des perturbations aériennes. Le canal de Suez continue de souffrir du détournement des routes maritimes, avec un trafic limité à 30–35 % des niveaux d’avant-crise.
Résultat selon Fitch : la contribution des exportations nettes devrait devenir légèrement négative.
Par ailleurs, la croissance des investissements est revue à la baisse (5,8 %), freinée par la hausse des coûts de production, des taux d’intérêt élevés (14–15 %) et un ralentissement des investissements étrangers, notamment en provenance du Golfe.
Par ailleurs, des sorties de capitaux estimées entre 8 et 9 milliards de dollars depuis février accentuent la pression sur les réserves en devises.
Déficit courant en hausse
Le déficit du compte courant est désormais attendu à 3,4 % du PIB en 2025/2026, contre 2,2 % auparavant. Cette dégradation s’explique par une facture énergétique plus élevée (prix du pétrole revu à 72 dollars), une hausse des importations, et une reprise lente des recettes du tourisme et du canal de Suez.
Ainsi, les perspectives restent orientées à la baisse. Une aggravation du conflit dans la région pourrait faire bondir les prix du pétrole jusqu’à 110–130 dollars, accentuer l’inflation et creuser le déficit courant jusqu’à 4,4 % du PIB, selon l’agence.
Des perturbations d’approvisionnement en gaz pourraient affecter des secteurs industriels clés (engrais, acier, ciment).
Malgré ces tensions, les échanges commerciaux avec les pays du Golfe devraient rester relativement solides, ces derniers représentant environ 20 % des exportations égyptiennes.
Enfin, Fitch souligne que les capacités de financement extérieur de l’Égypte se réduisent en raison de la dépendance accrue au FMI, la baisse des émissions obligataires, et les contraintes de liquidité chez les partenaires du Golfe.