La Tunisie célèbre aujourd’hui ses 70 ans d’indépendance, un jalon historique marquant la fin de 75 ans de protectorat français (1881-1956). Véritable triomphe national, cette fête coïncide avec l’Aïd al-Fitr et interroge : indépendance réelle ou symbolique ?
La date du 20 mars 1956 constitue un tournant décisif dans l’histoire de la construction de l’État national moderne, restant un jour symbolique dans l’histoire et la mémoire des Tunisiens pour les acquis réalisés dans divers domaines dans l’État indépendant.

Toutefois, il part du constat qu’il faut commencer par quelques questionnements : était-ce une véritable indépendance ? À cette interrogation, la réponse est « Oui et trois fois oui ! ». Il précise dans ce contexte : » Car les discours haineux reprochant à Bourguiba de ne pas avoir été indépendant vis-à-vis de la France ne tiennent pas devant la moindre analyse pertinente. Peut-être que certains d’entre eux ont préféré une aliénation « arabe » ou « islamique », ou les deux (qawmiyya) ? Il faut dire qu’à l’époque, la Tunisie était une royauté et la femme tunisienne (à titre d’exemple) n’était alphabétisée qu’à 4%. Aujourd’hui, l’alphabétisation féminine est de 80%, les bachelières représentent 70% et les diplômées du supérieur sont de l’ordre de 75% (25% seulement sont des hommes). Et la femme tunisienne est devenue un acteur majeur de l’économie et de la société. Quand on parle de l’évolution de la femme, il est évident que l’ensemble du corps social progresse avec elle. Ou grâce à elle. »
Et de poursuivre : « Saisissons ce moment pour dire que c’est la première fois dans le monde arabe et musulman qu’une femme est élue (il y a quelques jours) présidente de l’Académie Beit El Hikma. Il s’agit de la professeure Raja Bahri. Mais les domaines d’évolution positive de la société tunisienne depuis son indépendance sont nettement plus nombreux. Et c’est là que nous pouvons parler d’une « libération sociologique » de l’être tunisien. Parce que l’indépendance se passe aussi dans la tête. Il suffit de voir l’œuvre de nos compatriotes à l’intérieur, mais aussi à l’extérieur du pays. »
Et de conclure : « La Tunisie a quelque peu perdu le sens de la symbolique, qui est en même temps une œuvre pédagogique : pas assez de pavoisement en ville, ni de défilés festifs, encore moins de conférences voire d’activités ludiques rassemblant les générations plus jeunes. Un retour à la fête de l’indépendance serait le bienvenu, de tous points de vue. Et pas seulement pour se rappeler une marque de cigarettes. »
En ce 20 mars 2026, alors que l’Aïd al-Fitr illumine les cœurs et que les drapeaux tunisiens devraient flotter fièrement dans les rues. Aujourd’hui, il est d’autant plus important de renouer avec la fête de l’indépendance pour raviver la mémoire collective. Loin des polémiques stériles, c’est l’élan d’une nation qui s’est libérée dans les esprits et qui mérite de le célébrer avec panache, génération après génération.