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Leconomiste Maghrebin > Blog > Idées > Analyses > Inclusion financière et RSE bancaire en Tunisie : données, réalités et leviers d’action
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Inclusion financière et RSE bancaire en Tunisie : données, réalités et leviers d’action

Abdelwaheb Ben Moussa
2026/03/11 at 12:53 PM
par Abdelwaheb Ben Moussa 9 Min Lecture
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bancaire
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La responsabilité sociale (RSE) des institutions financières tunisiennes est aujourd’hui au cœur du débat sur le développement régional. Pour que cette ambition se traduise en actes, trois conditions sont indispensables : une lecture rigoureuse des chiffres disponibles, une évaluation réaliste des outils technologiques mobilisables et la définition d’instruments opérationnels précis. C’est l’objet de cet article.

Ce que les données bancaires tunisiennes révèlent réellement

 

Contents
La responsabilité sociale (RSE) des institutions financières tunisiennes est aujourd’hui au cœur du débat sur le développement régional. Pour que cette ambition se traduise en actes, trois conditions sont indispensables : une lecture rigoureuse des chiffres disponibles, une évaluation réaliste des outils technologiques mobilisables et la définition d’instruments opérationnels précis. C’est l’objet de cet article.Ce que les données bancaires tunisiennes révèlent réellementL’intelligence artificielle au service de l’ESS : potentiel réel, conditions exigeantesQuatre chantiers préalables conditionnent l’efficacité de l’IA dans le crédit ESS De l’ambition à l’architecture

Avant de proposer des solutions, il convient de lire correctement le problème. Les rapports de la Banque centrale de Tunisie (BCT) fournissent à cet égard des indicateurs instructifs – et peu souvent cités dans le débat public.

Un secteur en retrait sur le financement de l’économie réelle. L’encours total des crédits à l’économie a atteint 118,6 milliards de dinars en 2024, avec une croissance de 2,8 % seulement, identique à 2023 et très en deçà de la croissance nominale de l’économie. Ce ralentissement n’est pas conjoncturel : il est le reflet d’un repositionnement structurel des bilans bancaires.

La montée en puissance des titres publics. La part des crédits dans le total des actifs bancaires recule à 65 %. Tandis que le portefeuille-titres représente désormais 20,1 % des actifs, dont 10,9 % en bons du Trésor. Ce basculement est révélateur : les banques, en particulier les établissements publics, trouvent dans le financement de l’État un placement moins risqué et administrativement plus simple que le crédit aux PME ou aux structures de l’économie sociale.

« Chaque dinar placé en bons du Trésor est un dinar qui ne finance pas une coopérative agricole à Kébili, ni une filière oasienne à Tozeur ».

L’absence de mesure territoriale du crédit : un angle mort majeur. Ni la BCT, ni les établissements bancaires ne publient aujourd’hui une répartition régionale systématique de leurs encours professionnels. Cette opacité territoriale est en elle-même un problème : sans données, il est impossible d’évaluer l’ampleur réelle des fractures régionales dans l’accès au crédit, ni de mesurer les progrès d’une politique d’inclusion financière. La transparence territoriale est la première condition d’une RSE bancaire crédible.

L’intelligence artificielle au service de l’ESS : potentiel réel, conditions exigeantes

 

L’intelligence artificielle offre des perspectives concrètes pour améliorer l’évaluation du risque dans les projets d’économie sociale et solidaire, suivre l’impact territorial des financements et élargir l’accès au crédit à des populations aujourd’hui exclues des modèles de scoring classiques. Mais ce potentiel n’est accessible qu’à des conditions que le secteur bancaire tunisien doit d’abord réunir.

Le niveau de préparation actuel. En 2024, Oxford Insights classait la Tunisie au 92ème rang mondial sur 188 pays dans son indice de préparation à l’IA, en recul de 11 places par rapport à 2023. Ce positionnement, en baisse continue depuis 2019, ne disqualifie pas l’ambition technologique; mais il en fixe le point de départ avec réalisme.

Quatre chantiers préalables conditionnent l’efficacité de l’IA dans le crédit ESS

La qualité des données : les modèles d’IA sont aussi fiables que les données qui les alimentent. Plusieurs banques tunisiennes n’ont pas encore achevé la modernisation de leurs Core Banking Systems. Déployer un scoring alternatif sur des bases de données fragmentées ou hétérogènes produirait des résultats peu fiables — et potentiellement défavorables aux projets à forte valeur sociale.

Le cadre réglementaire : la BCT n’a pas encore publié de doctrine sur l’usage de l’IA dans l’évaluation du crédit. Cette lacune crée une insécurité juridique qui freine l’investissement, même chez les établissements les plus volontaristes.

Les compétences humaines : le développement et la maintenance de modèles de scoring alternatifs requièrent des profils data science encore rares dans le secteur bancaire tunisien. Il s’agit d’un investissement en capital humain qui s’inscrit sur plusieurs années.

L’équilibre économique des portefeuilles ESS : pour une banque publique aux ressources contraintes, investir dans une infrastructure IA dédiée à des projets à rentabilité immédiate limitée nécessite soit une incitation réglementaire explicite, soit un mécanisme de cofinancement institutionnel.

« L’IA n’est pas une solution clé en main. C’est un horizon atteignable, à condition d’en planifier sérieusement les étapes, sur un horizon de trois à cinq ans. »

Cette planification progressive est précisément ce que la BCT a esquissé dans ses travaux sur la digitalisation bancaire, en identifiant une trajectoire en trois phases articulant modernisation des systèmes, renforcement des compétences et déploiement des outils d’analyse avancée. Le secteur bancaire gagnerait à s’approprier cette feuille de route et à la décliner par établissement.

Trois instruments opérationnels pour une inclusion financière régionale effective. L’inclusion financière régionale ne se décrète pas : elle se construit à travers des mécanismes précis, testés et adaptables au contexte tunisien. Trois instruments, qui font leurs preuves dans des pays comparables, méritent d’être sérieusement examinés.

  1. Un fonds de garantie dédié à l’ESS. La Tunisie dispose déjà de mécanismes de garantie via SOTUGAR. Il s’agit d’en étendre la logique aux structures de l’économie sociale : coopératives, mutuelles, associations productives et sociétés communautaires. Une garantie partielle de 60 à 70 % du risque permettrait aux banques de financer ces projets sans supporter seuls l’intégralité de l’exposition. Le modèle marocain Damane Intelak, opérationnel depuis 2016, offre une référence directement transposable, avec des résultats mesurables sur l’accès au financement des structures informelles et semi-formelles.
  2. Une obligation de reporting territorial du crédit. Instauré aux États-Unis dès 1977, le Community Reinvestment Act (CRA) oblige les établissements bancaires à publier annuellement la répartition géographique de leurs crédits professionnels et immobiliers. Un mécanisme analogue, adapté à l’échelle tunisienne et piloté par la BCT, permettrait de rendre visibles les déséquilibres réels, d’objectiver les progrès accomplis et de créer une pression de marché en faveur d’une allocation plus équilibrée du crédit. Ce reporting pourrait être introduit progressivement, en commençant par les banques publiques, avant d’être étendu à l’ensemble du secteur.
  3. Une sandbox réglementaire pour l’expérimentation de scoring ESS. Plutôt que d’attendre un cadre IA complet, la BCT pourrait autoriser des banques volontaires à expérimenter des modèles de scoring alternatifs sur des portefeuilles pilotes délimités : plafond d’exposition défini, durée de trois ans, rapport d’impact obligatoire à mi-parcours et en fin d’expérimentation. Ce dispositif de sandbox réglementaire est déjà adopté par la Banque centrale d’Égypte et Bank Al-Maghrib pour les fintechs. Il permet d’apprendre à coût maîtrisé, sans exposer le système à un risque systémique.

« Ces trois instruments existent. Ils ont été testés. Ils sont adaptables. Ce qui manque, c’est la décision de les activer. »

De l’ambition à l’architecture

 

Le secteur bancaire tunisien possède les fondations pour devenir un acteur central du développement régional et de l’économie sociale et solidaire. Les intentions sont là. Les modèles d’inspiration africains et méditerranéens sont documentés. Les outils technologiques, à condition d’être déployés avec rigueur, offrent des perspectives réelles.

Ce qui fait encore défaut, ce n’est ni la volonté, ni l’inspiration : c’est l’architecture incitative. Un fonds de garantie ESS, une obligation de reporting territorial, une sandbox réglementaire, trois instruments précis qui transformeraient l’engagement moral en engagement structurel.

L’inclusion financière régionale n’est pas une question de générosité institutionnelle. C’est une question d’ingénierie financière et réglementaire. La Tunisie a aujourd’hui les outils pour la construire, à condition de passer, résolument, du discours au dispositif.

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MARQUÉE: bancaire, BCT, ESS, inclusion fianciere, Oxford, Réalités, RSE, secteur bancaire
Abdelwaheb Ben Moussa 11 mars 2026
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