La mèche n’a pas été allumée par hasard. C’est l’une des thèses fortes que Riadh Sidaoui, expert en géopolitique, a développées dans une déclaration à L’Economiste Maghrébin, lors d’un panel de spécialistes. Pour lui, le conflit qui touche actuellement l’Iran n’est pas un accident de l’histoire, mais bien le produit d’une séquence planifiée, dont les répercussions pourraient faire basculer l’économie mondiale et redistribuer les cartes du pouvoir planétaire.
Riadh Sidaoui rejette d’emblée toute lecture de l’attaque contre l’Iran comme un événement imprévisible. Il affirme que les signaux opérationnels étaient déjà lisibles au moment où le porte-avions Gerald Ford s’est positionné à Haïfa, étape qu’il présente comme la traduction concrète des engagements militaires arrêtés lors de la rencontre entre Donald Trump et Benyamin Netanyahou à la Maison Blanche.
L’analyste note que la République islamique, forte des enseignements tirés du conflit de juin 2025, n’a pas attendu pour activer ses mécanismes de riposte. Les frappes iraniennes ont, souligne-t-il, ciblé avec précision les dispositifs aéronavals et les installations radar américaines déployées au Koweït, au Qatar, en Arabie saoudite, aux Émirats arabes unis et à Bahreïn.
Riadh Sidaoui souligne également que le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghtchi, a tenu à rassurer les capitales voisines, en affirmant que seules les infrastructures militaires étrangères constituaient des cibles des ripostes iraniennes.
L’onde de choc économique et le verrou d’Ormuz
Sur le terrain des marchés, Riadh Sidaoui identifie une gestion délibérée du calendrier. Le choix de déclencher l’offensive en fin de semaine, selon lui, répondait à une logique d’atténuation : limiter l’impact immédiat sur les Bourses mondiales, même si des indicateurs avant-coureurs comme la chute du titre United Airlines ont suffi à mettre les marchés en alerte. L’enjeu central reste, à ses yeux, le détroit d’Ormuz. Si le transit pétrolier venait à être durablement interrompu dans ce goulet par lequel transite plus de 20 % de l’offre mondiale, l’analyste envisage une flambée du cours du baril vers des niveaux situés entre 200 et 300 dollars.
À rebours des calculs supposés des stratèges occidentaux, Riadh Sidaoui observe que l’agression extérieure produit sur la population iranienne un effet radicalement opposé à celui escompté. La pression militaire étrangère, selon lui, a ravivé le sentiment national au détriment des revendications sociales internes, rendant toute perspective de restauration monarchique parfaitement illusoire. L’analyste qualifie cette hypothèse de chimère coupée de la réalité politique héritée de 1979.
La clé de lecture centrale que propose Riadh Sidaoui est d’ordre géoéconomique. Frapper l’Iran reviendrait, dans son analyse, à asphyxier la Chine, dont 90 % des importations énergétiques en provenance iranienne seraient menacées. Cette logique s’inscrirait dans une course de vitesse engagée par Washington pour enrayer la montée en puissance de Pékin, dont le produit intérieur brut devrait dépasser celui des États-Unis à l’horizon 2032. L’affaiblissement des membres des BRICS constituerait, selon lui, une priorité stratégique existentielle pour les Américains.
La France aux marges d’un monde tripolaire
Dans ce nouvel ordre global que Riadh Sidaoui décrit comme structuré autour d’un triangle de puissance sino-russo-américain, la France apparaît singulièrement démunie. Plombée par un endettement massif à l’égard de Pékin et dépourvue de levier diplomatique autonome, Paris serait condamnée au rang de spectateur d’une recomposition internationale où, selon l’analyste, seule la détention de l’arme nucléaire et la maîtrise des ressources énergétiques confèrent une véritable capacité d’action aux États.