Entre 2018 et 2024, le revenu réel des ménages tunisiens par tête a reculé de 8 %. C’est ce que révèle une note d’analyse publiée par l’Institut Arabe des Chefs d’Entreprises (IACE). Résultat : une pression budgétaire accrue, des difficultés à couvrir les dépenses essentielles et un sentiment d’appauvrissement continu.
Les ménages salariés sont les plus touchés. Sur la période, l’inflation a oscillé entre 5,7 % et 9,3 % en moyenne annuelle. Alors que les augmentations salariales négociées plafonnaient à 5 %. Un écart de deux points par an, cumulé sur sept ans, représente 14 % au total en défaveur des salaires.
Les conséquences sont structurelles. La part du budget consacrée à l’alimentation repart à la hausse, comme un indicateur classique d’appauvrissement; tandis que logement et santé absorbent une fraction croissante des revenus.
La capacité d’épargne s’est effondrée, passant de 8,6 % en 2021 à 2,5 % en 2024. Elle pousse ainsi les ménages vers l’endettement. L’encours des crédits aux particuliers est passé de 26,6 à 29,5 milliards de dinars entre 2021 et 2024. Les crédits à la consommation ont enregistré la progression la plus forte, bondissant de 4,1 à 5,1 milliards de dinars; soit une hausse de 25%. Les crédits au logement ont progressé plus modestement de 8 %, passant de 22,2 à 24 milliards de dinars. Tout comme les crédits pour acquisition de véhicules, en hausse de 378 à 408 millions de dinars.
La centrale des risques signale par ailleurs une hausse des impayés sur les crédits aux particuliers.
Face à ce constat, l’IACE place la relance de l’investissement et la croissance économique au cœur de sa réponse. L’Institut préconise en parallèle une indexation des salaires sur l’inflation, une lutte renforcée contre l’évasion fiscale et l’intégration du secteur informel dans l’assiette fiscale via la digitalisation des transactions. Sur le plan monétaire, il appelle la Banque centrale à maîtriser la création monétaire pour contenir l’inflation.
À plus long terme, l’IACE recommande une politique industrielle orientée vers les secteurs à forte productivité comme les énergies renouvelables, les NTIC et les biotechnologies. De même qu’à une rationalisation des circuits de distribution et une réduction des coûts logistiques.