À l’heure où le numérique devient un pilier de puissance et de résilience économique, la Tunisie se doit de repenser sa stratégie de souveraineté numérique. Abdelwaheb Ben Moussa explore dans cette tribune le rôle stratégique du cloud et de l’intelligence artificielle. Avec un focus sur les banques publiques comme infrastructures critiques. Il propose une approche pragmatique pour renforcer l’autonomie et la compétitivité nationale.
Souveraineté numérique : une condition de résilience
Le cloud et l’intelligence artificielle (IA) sont devenus des infrastructures critiques pour les États. Elles soutiennent les administrations, la santé, la finance, la défense et la planification économique. Sans contrôle sur ces technologies, la Tunisie risque de subir des dépendances étrangères, qu’elles soient commerciales ou géopolitiques.
Les expériences internationales offrent des leçons claires :
- États-Unis : puissance économique par la domination des géants du cloud et de l’IA.
- Chine : cloud fermé et IA intégrée à la stratégie nationale, souveraineté totale, mais ouverture économique limitée.
- Europe : approche pragmatique, cloud de confiance et IA souveraine sur des niches critiques.
Ces modèles montrent que maîtriser le cloud et l’IA est aujourd’hui une condition de résilience et d’autonomie stratégique.
Les banques publiques : infrastructures critiques de l’économie tunisienne
Les banques publiques tunisiennes occupent une place centrale : elles gèrent les flux financiers, centralisent des données sensibles et soutiennent la politique monétaire. Leur vulnérabilité face à des solutions cloud étrangères pourrait compromettre la souveraineté économique.
La priorité est un cloud souverain ciblé sur les services bancaires critiques, accompagné d’une hybridation encadrée pour les services moins sensibles. Et ce, afin de sécuriser les données, tout en maintenant l’accès à l’innovation mondiale.
IA souveraine et sécurité fonctionnelle
Le couple IA–Cloud est central. Les modèles IA locaux peuvent :
- Détecter les fraudes financières,
- Sécuriser les transactions critiques,
- Analyser les risques bancaires et monétaires.
Ces outils, entraînés sur des clusters nationaux sécurisés, garantissent une souveraineté fonctionnelle tout en restant compatibles avec les standards ouverts et les systèmes financiers globaux.
Gouvernance et mise en œuvre progressive
Une stratégie efficace repose sur :
- Une feuille de route claire, priorisant les infrastructures critiques.
- Des partenariats public-privé pour mutualiser compétences et investissements.
- Des instances de gouvernance centralisées, coordonnant banques publiques, administrations et acteurs privés.
- Le développement des talents numériques pour soutenir le cloud et l’IA souverains.
Cette approche pragmatique assure sécurité, résilience et intégration dans l’économie numérique mondiale.
Une souveraineté ciblée et extensible
La priorité sur les banques publiques ne ferme pas la voie à d’autres secteurs. En effet, la santé, l’énergie, l’administration peuvent être progressivement intégrées dans un écosystème numérique souverain et résilient.
Schéma stratégique intégré
Figure 1 – Stratégie Cloud & IA pour les banques publiques tunisiennes :
Légende :
- Cloud souverain sécurisé – Hébergement local des données financières et clusters IA.
- IA bancaire souveraine – Détection de fraude, analyse des flux et risques financiers.
- Cybersécurité avancée – Encryption, monitoring, protection des blocs financiers critiques.
- Interopérabilité internationale – Compatibilité avec les systèmes financiers globaux.
- Gouvernance et partenariats – Coordination État–banques publiques–experts, partenariats public-privé, instances centralisées.
Pour un débat national urgent
Le cloud et l’IA ne sont plus de simples outils technologiques : ils sont des leviers de souveraineté et de compétitivité. La Tunisie ne vise pas l’autarcie, mais une souveraineté fonctionnelle, protégeant les infrastructures critiques, encadrant les partenariats et favorisant l’innovation locale.
Le débat national est urgent : définir une stratégie cohérente et ambitieuse, centrée sur les banques publiques, et étendre progressivement la souveraineté numérique à d’autres secteurs stratégiques. La Tunisie nouvelle peut ainsi devenir résiliente, compétitive et stratégiquement autonome.
L’analyse et les propositions présentées dans cette tribune n’engagent que l’auteur, Abdelwaheb Ben Moussa. Elles ne sauraient en aucun cas engager une autorité publique, institution ou organisation, et ont vocation à alimenter le débat et la réflexion stratégique sur la souveraineté numérique en Tunisie.
