Ils étaient nombreux à partir en Syrie, en Irak ou en Libye, ces zones de conflit où tant de Tunisiens ont rejoint des organisations terroristes comme Daech. Aujourd’hui, on parle d’un véritable « tsunami du terrorisme » qui refait surface. Pour mieux comprendre ce phénomène, ses motivations, le processus de recrutement et le « recyclage » du terrorisme, la présidente du Centre international des études stratégiques, sécuritaires et militaires, Badra Gaaloul, livre son analyse à leconomistemaghrebin.com, lors du forum tuniso-indien ayant pour thème la sécurité et la lutte contre le terrorisme.
Dans une déclaration exclusive à leconomistemaghrebin.com, elle explique : « Le retour du terrorisme et son recyclage signifient que nous devons le prendre au sérieux. Qu’entend-on par recyclage du terrorisme ? Cela veut dire que le terrorisme renaît, se rouvre de nouveau et continuera de le faire pour des objectifs politiques ou des agendas de certains États. Aujourd’hui, nous devons donc sentir le danger et nous préparer. J’ai insisté sur la nécessité d’un renforcement intérieur. Certes, il existe des alliances bilatérales, régionales ou internationales contre le terrorisme; mais je pose toujours la même question. Pourquoi, malgré ces alliances et ces technologies avancées, le terrorisme continue-t-il de s’étendre, de croître sans diminuer ? Le terrorisme se reproduit encore. »
Elle poursuit : « De nos jours, il y a une convergence majeure entre le terrorisme et la mafia mondiale. Ils cherchent à se coordonner. La mafia blanchit l’argent et fournit des armes au terroriste. Le terroriste, lui, procure des armes en échange. L’objectif du terroriste est le pouvoir; celui du mafieux, l’argent. Mais avec ce recyclage, une nouvelle dynamique émerge. En effet, même la mafia, à l’image d’Epstein, aspire désormais au pouvoir, car celui-ci facilite l’accumulation de richesses. On parle de grandes affaires internationales, de deals salués par certains chefs d’État. Mais que signifient-ils vraiment ? Il y a une fusion, un amalgame entre mafia et terrorisme. »
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Badra Gaaloul conclut : « C’est pourquoi nous tirons la sonnette d’alarme pour une prévention efficace contre ces courants. Il faut étudier le sujet en profondeur et tirer des leçons de l’expérience indienne. La Tunisie et l’Inde ont signé une convention de sécurité contre le terrorisme dès 2002. Mais elle semble oubliée, comme si personne n’en avait jamais entendu parler. Pourtant, dans les pays du Sud (où l’on divise aujourd’hui le monde entre Nord et Sud), le terrorisme prolifère. L’Inde, puissance émergente majeure en armes et technologies avancées, fait face à un terrorisme endémique et en expansion. C’est là qu’une vaste coopération s’impose entre nous. Apprenons donc de l’expérience indienne pour renforcer notre lutte commune. »
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Face à ce recyclage du terrorisme, la réintégration n’est pas une option, mais une arme stratégique. Au final, en sauvant hommes, femmes et enfants des griffes de l’extrémisme, la Tunisie fortifie son « rempart intérieur » contre la prochaine vague.