En Tunisie, 1,34 million de diplômés de l’enseignement supérieur circulaient sur le marché du travail en 2025. C’est ce qu’a révélé la récente étude de l’IACE lors d’un événement organisé par l’Agence tunisienne de l’évaluation et de l’accréditation dans l’enseignement supérieur et la recherche scientifique (ATEA) le samedi 14 février 2026 à Tunis.
Au-delà des chiffres flatteurs, 72% accèdent à un premier emploi en moins de trois mois et 68 % cumulent une expérience professionnelle. Un paradoxe majeur se dessine entre un taux de chômage des diplômés à 23,5 % au premier trimestre 2025 et plus de 16 000 postes vacants, dus à un manque de compétences adaptées. L’insertion professionnelle existe bel et bien. Pourtant l’adéquation entre la formation et l’emploi reste le talon d’Achille.
Une chose est sûre : un diplôme confère un statut social indéniable. Mais son efficacité sur le marché varie dramatiquement selon les filières. D’un côté, l’ingénierie, la santé et l’architecture offrent une insertion rapide et une haute employabilité. De l’autre côté, le droit, les mathématiques, les sciences physiques ou les disciplines littéraires peinent, avec des trajectoires lentes et difficiles.
Résultat des courses : les filières techniques et professionnalisantes protègent mieux contre le chômage que les parcours généralistes ou théoriques.
Malgré 73 % des diplômés se déclarant satisfaits de leur formation, un décalage persiste entre la valeur académique perçue du diplôme et sa « convertibilité » en compétences opérationnelles. Le savoir théorique abonde, mais il peine à se traduire en atouts pratiques sur le terrain.
Pour combler l’écart, il faut prioriser la pratique (stages, projets réels), les soft skills (savoir-être, communication, management), les langues étrangères et les compétences numériques avancées. L’université doit sortir de sa tour d’ivoire théorique pour miser sur des compétences transversales et professionnelles.
Cela dit, l’horizon 2030 est pour demain et 80 % des entreprises tunisiennes voient le déficit de compétences comme leur principal frein au développement. Tandis que 20-22 % anticipent une transformation profonde des emplois.
Les métiers en déclin comprennent la comptabilité traditionnelle, les ouvriers d’assemblage, la saisie de données et cèdent la place à ceux en croissance, notamment l’IA, le machine learning, le big data et la robotique.
Pour inverser la tendance, l’employabilité doit devenir un indicateur central de la qualité universitaire. L’accréditation peut y pourvoir via un suivi des taux d’insertion, des partenariats université-entreprise, des cursus enrichis en stages et soft skills, et une meilleure orientation vers l’emploi, en passant d’une option à un standard systémique.
In fine, l’intégration des diplômés au monde du travail est réelle, mais les inégalités et l’inadéquation freinent la compétitivité nationale. À l’horizon 2030, s’adapter aux compétences du futur (IA, data, soft skills) devient impératif.

