La Tunisie et l’Algérie disposent d’une opportunité stratégique : le numérique. Paiements électroniques, finance digitale et complémentarités économiques offrent un levier concret pour transformer les intentions en résultats mesurables — et tester l’intégration par l’action plutôt que par les accords classiques. Plus qu’un simple projet bilatéral, ce corridor pourrait institutionnaliser un hub numérique partagé, relié à l’Afrique et au reste du monde, et ouvrir un chemin tangible pour l’intégration maghrébine, dans un contexte de relance économique, d’inclusion et de développement intégral.
Une intégration économique encore partielle
Les relations économiques entre la Tunisie et l’Algérie sont anciennes mais restent limitées. Les échanges sont souvent freinés par des procédures lourdes, des contraintes financières et des cadres institutionnels fragmentés.
Malgré cela, le commerce bilatéral a progressé de 42 % en trois ans, et 25 accords sectoriels ont été signés lors de la dernière session de la Haute commission mixte. Les discussions autour d’un éventuel accord de libre-échange montrent une volonté politique d’avancer, même si les détails restent à définir. Comme le souligne l’expérience, l’intégration ne se décrète pas, elle se construit.
Le numérique : un levier concret pour un hub partagé et ouvert
Le numérique permet d’avancer par projets tangibles et mesurables. La création d’un corridor économique numérique ciblé pourrait constituer le socle concret pour institutionnaliser un hub numérique partagé, structurant durablement la coopération Tunisie-Algérie et connectant la région à l’Afrique et au reste du monde.
Ce corridor pourrait inclure :
- la digitalisation des paiements et de la facturation,
- l’interopérabilité des systèmes financiers,
- la traçabilité et la formalisation des transactions transfrontalières.
En organisant ces outils et standards de manière commune, le hub numérique devient un catalyseur pour l’intégration maghrébine, transformant ambition et coopération en résultats concrets.
Banques et finance numérique : un rôle stratégique
Le corridor numérique repose largement sur le secteur bancaire, en particulier sur le rôle des banques publiques. Elles peuvent soutenir :
- les startups et PME innovantes,
- les projets transfrontaliers,
- la formalisation et la sécurisation des transactions numériques.
Ces instruments offrent à la fois soutien à l’innovation et maîtrise des risques, essentiels pour un hub numérique stable et ouvert à la région et au monde.
Complémentarités économiques à activer
La Tunisie apporte expertise technologique, capital humain qualifié et écosystème startup structuré. L’Algérie offre un vaste marché intérieur, des capacités financières et une dynamique de diversification économique.
Exploitées de manière coordonnée, ces complémentarités peuvent créer un écosystème numérique régional, structurer un hub partagé et préparer l’intégration maghrébine.
Banque centrale et stabilité financière
La montée des flux numériques transfrontaliers renforce le rôle des banques centrales :
- encadrer l’innovation,
- superviser les nouveaux acteurs et les systèmes de paiement,
- garantir la sécurité et la cybersécurité des transactions.
L’innovation doit s’accompagner d’une stabilité rigoureuse, condition essentielle à la crédibilité d’un hub numérique institutionnalisé et ouvert à l’international.
Un levier pour la relance et le développement
Le corridor numérique constitue un outil concret pour soutenir le plan de développement :
- favoriser la croissance via l’élargissement des marchés,
- renforcer l’inclusion des PME et des jeunes,
- contribuer à un développement intégral, plus formel et résilient.
Le numérique devient ainsi un point de convergence entre ambition nationale, coopération régionale et ouverture internationale, et un socle pour un hub numérique partagé Tunisie-Algérie, préfigurant l’intégration maghrébine.
Axes de réflexion pour le débat
À titre indicatif, plusieurs questions demeurent ouvertes :
- comment articuler projets numériques et discussions commerciales bilatérales ?
- quel rôle pour les banques publiques dans cette transformation ?
- comment concilier innovation, inclusion et stabilité financière ?
- quelle gouvernance pour un corridor numérique partagé et ouvert à la région et au monde ?
Ces questions nourrissent le débat sans préjuger des choix institutionnels futurs.
L’économie numérique offre à la Tunisie et à l’Algérie l’opportunité de tester l’intégration par l’action, en parallèle ou en amont des accords classiques. Avec la finance numérique, les banques et une coordination pragmatique, le corridor peut devenir un levier d’intégration concrète, un hub numérique partagé et un moteur pour l’intégration maghrébine, connecté à l’Afrique et au reste du monde.
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Cet article est rédigé à des fins de réflexion. Les analyses et propositions qu’il contient sont volontairement indicatives et ne sauraient engager aucune autorité publique ou privée.