Recettes historiques, fréquentation en hausse et montée en valeur : en 2025, l’Égypte, le Maroc et la Tunisie ont confirmé leur statut de locomotives du tourisme africain, mais avec des modèles et des performances très contrastés.
En 2025, le tourisme mondial a poursuivi sa dynamique positive. Selon le Baromètre du tourisme mondial d’ONU Tourisme, les recettes mondiales ont atteint 1.900 milliards de dollars, en hausse d’environ 5% par rapport à 2024. Tandis que les arrivées de touristes internationaux ont progressé de 4 %. Dans ce contexte porteur, l’Afrique du Nord s’est particulièrement distinguée. L’Égypte, le Maroc et la Tunisie ont enregistré des performances bien supérieures à la moyenne mondiale, tant en termes de fréquentation que de recettes.
Pris ensemble, ces trois pays – qui sont aussi les principales destinations touristiques du continent africain – ont engrangé 35,25 milliards de dollars de recettes touristiques en 2025, contre 28 milliards un an plus tôt. Cette progression spectaculaire s’explique par la hausse des arrivées, l’augmentation des tarifs hôteliers, l’amélioration de la qualité de l’offre, mais aussi par l’appréciation de leurs monnaies respectives face au dollar. Derrière cette réussite globale, les écarts entre pays restent toutefois marqués, notamment en matière de dépenses moyennes par touriste.
Égypte : la championne des recettes par touriste
Bien que détrônée par le Maroc en nombre de visiteurs, l’Égypte conserve en 2025 sa première place africaine en matière de recettes touristiques. Le pays des pharaons a généré 17,8 milliards de dollars de revenus, en hausse de 17 % sur un an, se classant ainsi troisième au niveau mondial en termes de progression, derrière le Maroc et la Corée.
Cette performance repose d’abord sur une forte croissance des arrivées (+21 %), avec 19 millions de visiteurs en 2025. Les taux d’occupation hôtelière, particulièrement élevés dans des stations comme Charm el-Cheikh, ainsi que l’importance du tourisme culturel lié au patrimoine pharaonique, contribuent largement à ces résultats. L’origine des visiteurs joue aussi un rôle clé : les touristes venant d’Allemagne, des pays du Golfe ou de Russie sont globalement plus dépensiers.
Résultat : la dépense moyenne par touriste atteint 937 dollars, un niveau sans équivalent en Afrique du Nord. Le gouvernement égyptien entend capitaliser sur cette dynamique, avec l’objectif d’atteindre 30 millions de visiteurs d’ici 2028 et 24 milliards de dollars de recettes, en misant sur la connectivité aérienne, la facilitation des visas et la diversification de l’offre touristique.
Maroc : la plus forte progression au monde
Le Maroc a signé en 2025 une performance historique. Avec 19,8 millions de touristes (+13,8 %), le Royaume a conservé son rang de première destination africaine en termes de fréquentation. Surtout, ses recettes touristiques ont atteint 138,1 milliards de dirhams, soit 14,7 milliards de dollars, en hausse de 19 % en devise américaine – la plus forte progression mondiale selon ONU Tourisme.
Fait notable, la croissance des recettes a largement dépassé celle des arrivées, traduisant une montée en valeur du tourisme marocain. La dépense moyenne par touriste s’établit à près de 742 dollars. Cette évolution s’explique par la hausse des tarifs hôteliers, l’allongement des séjours et la diversification de l’offre, du balnéaire au culturel en passant par le tourisme urbain et nature.
En 2025, les recettes touristiques ont même dépassé les transferts des Marocains résidant à l’étranger, devenant la deuxième source de devises du pays. Pour les autorités, cette performance confirme l’ambition de faire du tourisme un levier majeur de développement économique et territorial.
Tunisie : des records, mais un modèle à repenser
La Tunisie a elle aussi battu des records en 2025, avec plus de 11 millions de touristes accueillis pour la première fois. Les recettes touristiques se sont établies à 2,75 milliards de dollars, en hausse de 6,5 % sur un an. Si la dynamique est réelle, elle reste toutefois plus modérée que chez ses voisins.
Le principal point faible réside dans la dépense moyenne par touriste, qui plafonne à environ 250 dollars. Ce chiffre reflète le poids dominant du tourisme de masse et des formules « all inclusive », dont une grande partie des revenus est captée par les tour-opérateurs étrangers. Malgré cela, le tourisme demeure une source essentielle de devises pour l’économie tunisienne.
Face à ces limites, la montée en gamme et la diversification de l’offre – écologique, culturelle ou médicale – apparaissent comme des enjeux clés pour transformer les volumes en valeur durable.