Qui dit partenariat public-privé (PPP) dit aussi développement économique du pays, notamment dans le secteur de l’énergie. D’ailleurs, le projet de liaison ELMED entre la Tunisie et l’Italie, ainsi que la station solaire de Kairouan, en sont la preuve. Dans une déclaration exclusive à leconomistemaghrébin.com, Issam Chouchene, député à l’Assemblée des représentants du peuple (ARP) plaide pour un recours massif aux PPP dans ce secteur stratégique.
Issam Chouchene revient sur les avancées parlementaires et les blocages persistants. Il précise dans ce contexte : « La Tunisie se distingue par son article 49 de la Constitution de 2022, qui consacre explicitement le partenariat public-privé. Cela signifie que l’État comprend bien que le secteur privé a du poids, et qu’il peut coexister pleinement pour impulser l’investissement et le développement. »
En outre, il cite en exemple la centrale solaire de Kairouan, un projet clé dans les énergies renouvelables, entrant en phase de mise en œuvre via PPP, sans recours aux hydrocarbures.
Issam Chouchene : « Un projet de cette envergure ne peut pas être porté seul par l’État »
Il convient de noter que l’ARP a approuvé de nombreux textes ces dernières années. « En tant que législateurs, nous avons approuvé cinq prêts pour le méga-projet de la ligne électrique sous-marine, un projet énorme avec beaucoup d’argent », souligne-t-il. Priorité aux institutions tunisiennes comme la STEG (Société tunisienne de l’électricité et du gaz), mais « un projet de cette envergure ne peut pas être porté seul par l’État ou ses institutions insuffisantes. Il doit avancer via un partenariat public-privé ». Le projet, lancé en 2023, a vu sa dernière correction budgétaire en février 2025.
Mandaté par l’UE, ce câble sous-marin (1 100 milliards DT, partagés équitablement avec l’Italie) permettra un échange d’énergie : export tunisien en cas d’excédent, import en hiver. Financé par la BERD, la Banque mondiale et d’autres, il illustre la nécessité du privé. « La STEG doit recourir aux entreprises tunisiennes ; nous avons insisté pour écarter les câblages étrangers », précise le député.
Issam Chouchene : « Quand le privé s’implique avec l’État, les projets réussissent »
Face au déficit budgétaire avéré, déclaré par le ministère des Finances, les options se limitent : endettement ou PPP. « C’est courant dans le monde entier. L’expérience montre que quand le privé s’implique avec l’État, les projets réussissent », poursuit-il. Tout en citant la centrale de Mahdia. Il en va de même pour d’autres projets bloqués comme le port de Sfax, ville sportive de Sfax qui attendent le même levier.
Au-delà de l’énergie, interrogé sur les autres secteurs qui peuvent en bénéficier, il répond que « le secteur tertiaire (services, numérique, IA, logistique) est prioritaire. Nous avons des compétences tunisiennes exceptionnelles dans le privé ».
Par ailleurs, dans un monde tourné vers les renouvelables, la Chine montre la voie. « Ses entreprises d’État et privées ont sauté le pas vers l’électrique (BYD). Même le Parti communiste chinois a compris l’économie via PPP », note Issam Chouchene, face au déficit énergétique tunisien (11 milliards de dinars).
Ainsi, il préconise une meilleure communication pour différencier partenariat (collaboration) de privatisation (abandon). « La peur vient même de l’exécutif, qui confond partenaire et privatisateur. Un hôpital dégradé appelle un partenaire privé, pas un propriétaire », ajoute-t-il. Parmi les messages clés : un signal clair du sommet de l’État.
In fine, Issam Chouchene regrette le rejet de sa proposition à l’ARP. J’ai dit : « Si vous avez peur, créons un cahier des charges qui vous rassure. Ils n’ont pas compris et après coup, ils l’ont regretté. »
Au final, malgré ces résistances idéologiques, les PPP pourraient bien devenir le moteur d’une transition énergétique accélérée, propulsant le pays vers un développement inclusif.