Que faire en cas d’agression du voisin américain ? Après le Venezuela et le Groenland, les Canadiens se demandent s’ils seront les prochains sur la liste des visées expansionnistes du président américain. Au point que l’armée canadienne envisage le scénario de tactiques de guérilla contre une hypothétique invasion américaine.
« Quand vous n’êtes pas à la table, vous êtes au menu ». Dans un discours choc prononcé mardi 20 janvier devant un parterre de gotha politique et économique mondial réuni lors du 56e forum à Davos, le Premier ministre canadien, Mark Carney, constate non sans amertume que le monde a basculé dans une nouvelle ère, marquée par la rivalité des grandes puissances, l’usage coercitif du commerce et la fin de ce qu’il appelle une « fiction confortable » : celle d’un ordre international fondé sur des règles communes. Tout en appelant les puissances intermédiaires « à se préparer au retour du rapport de force et à construire une autonomie stratégique ; sans renoncer à leurs valeurs fondamentales, qu’il s’agisse de la souveraineté ou de l’intégrité territoriale ».
Le message du responsable canadien est simple : de nombreux pays ne peuvent plus se contenter de compter sur leurs alliances et leur géographie. « Un pays qui ne peut pas se nourrir, se fournir en énergie ou se défendre a très peu d’options lorsque les règles cessent de vous protéger ».
Réponse hautaine de Donald Trump qui rétorque que « le Canada vit grâce aux Etats-Unis », avant de reprocher à Ottawa de ne pas reconnaître suffisamment les avantages tirés de cette relation. « Souviens-t-en, Mark, la prochaine fois que tu fais des déclarations », a-t-il lancé, dans une mise en garde à peine voilée adressée au Premier ministre canadien.
Inquiétudes justifiées
Ce discours longuement ovationné à Davos, est partagé notamment au Canada où depuis le retour de Donald Trump à la Maison Blanche, la relation bilatérale longtemps perçue à Ottawa comme stable et prévisible, est marquée par les menaces répétées sur les droits de douane, les remises en cause publiques des accords commerciaux. D’autant plus que Donald Trump a évoqué à plusieurs reprises l’idée que son voisin du nord puisse devenir le 51e État des Etats-Unis. Le milliardaire républicain s’est récemment montré de plus préoccupé par la vulnérabilité du Canada face aux adversaires des États-Unis dans l’Arctique, notamment la Russie et la Chine, critiquant en privé le faible niveau de dépenses de défense d’Ottawa.
Provocation
Plus inquiétant encore. Dans la nuit de lundi à mardi 20 janvier, alors que les ambitions américaines sur le Groenland inquiètent les alliés de Washington, le président américain a posté sur son réseau, Truth Social, une série de photos générées par l’intelligence artificielle où on le voit dans le Bureau ovale avec les dirigeants européens, assis comme des élèves sages et obéissants, devant une carte où le drapeau américain recouvre les Etats-Unis mais aussi le Canada, le Groenland et le Venezuela ! De la science fiction, une provocation délibérée ?
Simulations en cas d’invasion américaine
Plutôt un scénario, jugé impensable auparavant, qu’Ottawa prend très au sérieux maintenant. En effet, The Globe and Mail, quotidien de référence au Canada, révèle que l’état-major militaire canadien a récemment planché sur des scénarios de crise impliquant une invasion militaire américaine.
Ces simulations, qualifiées d’hypothétiques par les autorités, montrent la fragilité structurelle du Canada face à son voisin du sud, en particulier sur le flanc arctique et dans les grandes infrastructures stratégiques. Pis : selon les projections, l’ensemble des sites stratégiques du pays pourraient tomber en moins d’une semaine.
Tactiques de guérilla urbaine ?
Toujours est-il que le modèle conceptuel et théorique développé par l’armée canadienne, s’il ne constitue pas un plan militaire opérationnel, permet plutôt d’évaluer les risques et d’explorer les stratégies.
Selon le quotidien canadien, les responsables militaires envisagent ainsi une attaque venant du sud, avec des forces américaines capables de surmonter rapidement les positions stratégiques canadiennes sur terre et en mer, en l’espace d’une semaine, voire en deux jours seulement. Alors même que le Canada ne possède pas les effectifs ni l’équipement nécessaires pour repousser une invasion classique. Le modèle prévoit par conséquent une guerre non conventionnelle, où des groupes armés irréguliers ou des civils organisés utiliseraient embuscades, sabotages, frappes de drones et attaques éclair.
« Le modèle inclut les tactiques utilisées par les moudjahidines afghans dans leurs attaques éclair contre les soldats russes durant la guerre soviéto-afghane », assure un haut fonctionnaire canadien qui s’exprime anonymement dans les pages du quotidien. Des tactiques qui ont déjà été reprises par les Talibans contre les forces américaines et alliées, y compris les Canadiens, en Afghanistan. L’objectif : infliger de lourdes pertes aux forces occupantes américaines.
Au final, cette réorientation signifie-t-elle une rupture totale avec Washington ? Selon les observateurs, le Canada, membre fondateur de l’OTAN et partenaire des États-Unis pour la défense aérienne continentale, cherche plutôt à réduire une dépendance jugée désormais à haut risque. En attendant le départ tant espéré d’un président américain déroutant, peu fiable et imprévisible à volonté.