Premier fournisseur africain de l’industrie automobile allemande, présente sur le sol de la première économie européenne avec plus de trois cents établissements et cent mille salariés, la Tunisie entretient avec l’Allemagne une relation qui dépasse de loin les canaux diplomatiques habituels. C’est ce tableau que l’ambassadeur Wassef Chiha a brossé le 31 mars 2026 depuis Berlin, à l’occasion d’une réception organisée à la représentation tunisienne dans la capitale fédérale, lors de son passage récent sur les ondes de la Radio nationale.
L’événement s’inscrivait dans un double anniversaire : soixante-dix ans d’indépendance nationale et, concomitamment, soixante-dix ans de liens officiels entre Tunis et Bonn, devenu Berlin. Dès 1956, peu après la proclamation de l’indépendance, les deux États avaient formalisé leurs relations par un échange de lettres. Cette simultanéité historique a fourni le fil directeur de la soirée, qui clôturait également la visite officielle du ministre des Affaires étrangères Mohamed Ali Nafti, effectuée les 24 et 25 mars 2026.
À Berlin, le chef de la diplomatie tunisienne avait enchaîné les rencontres à un rythme soutenu. Séance de travail avec son homologue Johann Wadephul, audience auprès de la présidente du Bundestag, entretiens avec le ministre de la Coopération en préparation de la prochaine session de négociations sur la coopération financière et technique, dont la tenue à Tunis est programmée avant la fin 2026. Autant de rendez-vous jalonnant un déplacement que l’ambassadeur a qualifié de particulièrement chargé. Un forum réunissant des opérateurs économiques allemands a également figuré au programme, lors duquel la Tunisie a été présentée comme une porte d’entrée vers son propre marché, vers celui de l’Union européenne et, de manière croissante, vers les marchés africains. Des think tanks berlinois ont par ailleurs reçu le ministre pour des échanges portant sur le modèle de développement du pays, ses orientations en matière de gouvernance et son positionnement en tant que facteur de stabilité dans la région.
Un tissu économique profondément ancré
Les chiffres avancés par Wassef Chiha dessinent un ancrage économique structurel. Les échanges bilatéraux ont atteint 5,3 milliards d’euros, dégageant un solde excédentaire favorable à la Tunisie de plus d’un milliard d’euros. Les 320 firmes allemandes implantées sur le territoire tunisien, très présentes dans l’automobile et les composants à haute valeur ajoutée, font vivre quelque cent mille personnes. L’Agence allemande de coopération internationale, la GIZ, mobilise quant à elle environ trois cents spécialistes sur des chantiers aussi variés que la numérisation des services, la gestion des ressources hydriques et la réforme administrative.
L’ambassadeur a par ailleurs annoncé une initiative destinée à mobiliser des membres de la diaspora maîtrisant les codes du marché allemand pour servir de relais commerciaux aux exportateurs tunisiens, notamment dans le secteur alimentaire. L’huile d’olive biologique a été citée comme produit phare dont les débouchés potentiels restent, selon lui, largement inexploités en Allemagne.
Sur le plan humain, la présence tunisienne en Allemagne a connu une progression notable : de quelque 80 000 ressortissants recensés en 2015, la communauté a grandi pour atteindre près de 130 000 personnes. Cette expansion s’accompagne d’une transformation de sa composition socioprofessionnelle, avec une part grandissante d’ingénieurs, de médecins et de spécialistes des technologies dont les qualifications sont reconnues par les autorités allemandes.
Côté étudiants, 7 500 Tunisiens fréquentent actuellement des établissements universitaires allemands. Un effectif qui progresse d’environ cinq cents unités chaque année. Cent cinquante d’entre eux bénéficient d’une bourse de l’État tunisien. Des mécanismes d’accueil ont été mis en place : réunions d’information dans les consulats, mise en réseau avec des associations communautaires, accompagnement dans les démarches administratives et la recherche de logement, ainsi qu’un portail numérique centralisant les services consulaires à distance.
Un dispositif diplomatique sans équivalent dans la région
Pour assurer le suivi de cette communauté et de ses relations avec l’Allemagne, la Tunisie dispose d’un maillage consulaire que l’ambassadeur décrit comme le plus dense de toutes les nations africaines et arabes présentes sur le territoire allemand : une ambassade avec section consulaire à Berlin, un consulat général à Düsseldorf et des consulats à Fribourg et à Munich. Viennent s’y ajouter une antenne de l’Office national du tourisme tunisien et une délégation de l’agence chargée de la promotion de l’investissement extérieur.