L’athlète tunisienne, Raoua Tlili, figure de proue du lancer du poids et du disque au sein de la sélection nationale, a brisé le silence le 26 mars 2026 à travers une intervention vidéo diffusée sur les réseaux sociaux. Ce témoignage public intervient dans un contexte de préparation critique pour les Jeux méditerranéens de 2026, révélant une situation de précarité extrême qui paralyse les sportifs de haut niveau engagés dans les disciplines individuelles.
La championne tunisienne (12 médailles d’or aux Jeux paralympiques et aux Championnats du monde) décrit une impasse financière et administrative sans précédent, marquée par l’absence totale de rémunération ou de contrat formel depuis le début de l’année 2025. Cette carence de treize mois consécutifs persiste alors même que l’athlète a récemment honoré les couleurs nationales en décrochant une médaille de bronze lors des Championnats du monde de para-athlétisme en Inde. Elle précise à ce sujet avoir dû assumer personnellement l’intégralité de ses frais d’inscription pour cette compétition mondiale.
Cette détresse matérielle s’accompagne d’une dégradation profonde du cadre de préparation technique. Actuellement basée à Londres pour collaborer avec un nouvel entraîneur dont le dispositif avait pourtant reçu l’aval du ministère de la Jeunesse et des Sports, Raoua Tlili affirme que ce technicien exerce ses fonctions sans aucune rétribution depuis plus de trois semaines. Elle précise que, bien que le ministre ait donné son accord de principe lors d’une rencontre directe, l’exécution administrative n’a pas suivi, empêchant toute planification sportive cohérente. L’athlète déplore également une révision unilatérale à la baisse de son programme d’entraînement, lequel avait pourtant été conçu pour respecter les contraintes budgétaires de l’État.
Un bilan alarmant
Au-delà de son parcours individuel, la lanceuse dresse un constat alarmant sur l’état psychologique de ses pairs dans les sports individuels. Elle évoque des trajectoires marquées par l’abandon ou une détresse émotionnelle sévère, citant le cas du taekwondoïste Khalil Jendoubi qui a déjà tenté d’alerter l’opinion sans obtenir de changements tangibles. Face à ces obstacles, Raoua Tlili dénonce des tentatives de pression l’incitant à représenter une autre nation, une éventualité qu’elle rejette catégoriquement par attachement à la Tunisie. Elle souligne d’ailleurs que ses revendications ne portent pas sur des primes de résultats, qu’elle affirme ne pas avoir perçues, mais sur le rétablissement d’une activité institutionnelle financée et fonctionnelle.
Dans un appel direct aux autorités, notamment au président de la République, Kaïs Saïed, l’athlète rappelle que le sport a été érigé en priorité nationale. Elle souligne l’urgence de la situation alors que les Jeux méditerranéens approchent, notant l’absence actuelle de qualifications mondiales dans sa discipline. Pour la championne, la période actuelle sans compétition majeure doit impérativement être mise à profit par les responsables pour régulariser les contrats et apaiser les conflits, afin de sécuriser les cycles de préparation menant aux Mondiaux 2027 et aux Jeux paralympiques de 2028. Malgré l’éloignement et les sacrifices personnels, elle maintient ses objectifs sportifs et exhorte les médias ainsi que ses homologues à ne pas laisser s’éteindre ce débat sur l’avenir de l’élite sportive tunisienne.