La guerre qui oppose l’Iran, aux deux armées des plus puissantes du monde, celle des USA et d’Israël – et qui est une mini guerre mondiale, jusqu’à aujourd’hui, pouvant déboucher sur une guerre nucléaire si elle n’est pas arrêtée à temps- cache une réalité beaucoup moins « terrestre » car elle oppose des croyances profondément enracinées dans les sociétés, américaine, israélienne, et iranienne. Lesquelles puisent leurs forces dans les mythes qui fondent ces civilisations. Celui du mythe iranien du douzième Imam qui vit encore dans le plérome des cieux. Celui qui régit la vie des chrétiens sionistes aux USA (plus de 40 millions, dont une élite qui contrôle le pouvoir suprême). Et enfin, celui qui est à la base du sionisme, qui consiste à édifier Erets Israël (l’Israël de la Thora).
Des milliers d’analystes, à travers les médias, télévision, réseaux sociaux, radios, presse écrite ou électronique, tentent d’analyser les raisons de cette guerre destructrice, pour les belligérants, ainsi que pour leurs alliés et particulièrement pour l’Iran. Sans pour autant tenter d’aller au fond du problème, qui réside essentiellement dans la nature des croyances qui animent les chefs de ces pays en guerre.
Les intérêts au service des croyances
On invoque aussi bien le pétrole que le gaz, la possibilité que l’Iran tente d’acquérir l’arme nucléaire, ainsi que les missiles balistiques qui peuvent atteindre le sol américain, la stratégie américaine visant à encercler la Chine, futur ennemi principal et grande puissance nucléaire. Mais on invoque rarement les croyances religieuses qui animent les chefs d’Etat ou de gouvernements, croyances qui sont les responsables importants. Parce que tous les médias de tout genre ne veulent pas réveiller l’hydre de la guerre religieuse et confectionnent des discours seulement par souci de propagande.
Il est vrai que les opinions publiques, de tous les pays du monde, quelles que soient leurs religions, ont été formatées pour comprendre uniquement les recettes propagandistes qui constituent les discours de leurs dirigeants. Or, cela cache mal un fait certain. Ces différentes opinions publiques sont toutes, animées par la foi religieuse et que l’on est toujours avec celui qui partage notre propre foi. Ce qui explique le côté irrationnel par exemple des réactions des citoyens occidentaux, qui vont jusqu’à soutenir une agression caractérisée par une grande puissance et son allié Israël contre une nation indépendante et souveraine comme l’Iran, au mépris du droit international et des principes humanistes que les peuples occidentaux sont supposés avoir acquis. Le cas du génocide des Palestiniens à Gaza est un édifiant exemple significatif.
Cette réaction irrationnelle, au mépris même de leurs intérêts, économiques et sociaux, puisque ce sont ces pauvres citoyens eux-mêmes qui vont payer la facture, ne s’explique pas seulement par la puissance de la propagande, mais surtout par l’existence d’un fond religieux qui les anime. Trump lui-même et Netanyahu, certainement conseillés par leurs experts en communication, ne se privent pas d’exploiter ces fonds religieux pour légitimer la guerre. Alors que tout le monde sait qu’ils ont tous les deux engagé cette guerre et ordonné ce déluge de feu et de bombes pour de simples calculs électoraux. Sachant que tous les deux feront face dans quelques mois à des élections décisives et surtout à des procès qui risquent de les emmener en prison. L’affaire Epstein en plus. Tous les deux savent que l’exploitation de ce fond religieux est une carte gagnante et sûre.
Aux USA, l’existence de personnalités politiques dans l’entourage immédiat de Trump, dont son propre ministre de la guerre, qui appartiennent à cette secte des chrétiens évangélistes qui compte plus de 40 millions d’adeptes et qui a sérieusement infiltré les institutions de l’Etat américain, dont l’armé, la C.I.A, les grands médias, a été un facteur décisif dans le timing et le déclenchement de cette terrible guerre. Ce qui explique que jusqu’à maintenant, aucun objectif réel de la guerre n’ait été déclaré par Trump. D’ailleurs, chaque jour on annonce un objectif majeur, le matin, pour annoncer un autre le soir. Comme celui d’en finir avec le régime iranien, ou d’anéantir le complexe nucléaire, en Iran, car l’objectif réel est caché, celui de permettre l’établissement du grand Israël.
Ces chrétiens évangélistes sont des inconditionnels d’Israël, pour des raisons théologique et eschatologique. Ce sont aussi des prosélytes évangélistes qui œuvrent, pour l’accomplissement d’une prophétie, citée dans l’apocalypse de Jean, qui annonce la parousie du Christ, à condition d’établir le grand Israël (Erets) sur le territoire qui aurait été fixé par la Thorah, dont la Cisjordanie et Jérusalem. Le retour du Christ sur terre aura lieu après la reconstruction du Temple de Jérusalem, après une grande bataille citée dans l’Apocalypse de Jean connue sous le nom de la bataille d’Armageddon et connue aussi sous le nom de la bataille de la fin des temps. Certains évangélistes croient fermement que cette bataille du temps se déroule actuellement, dont des hauts responsables dans l’entourage du Président Trump. Cela pourrait-t-il aller jusqu’à l’utilisation de l’arme nucléaire. Personne pour le moment ne peut affirmer le contraire.
Dans le camp d’en Face, celui des Mollahs iraniens, la même prophétie, quoique sous une forme plus proche de la mythologie persane, incluse dans le dogme chiite duodécimain, annonce que l’Imam Jaafar el Sadok, qui vit encore dans les cieux, alors qu’il est mort il y a quelques siècles (329 de l’hégire) n’est pas mort en réalité mais qu’il est dans la grande « occultation » et qu’il reviendra pour rétablir la justice sur terre. Dans la théologie chiite la justice signifie le règne absolu de l’imâmisme sur terre et pas seulement en Iran. Les Ayatollahs, Khomeini, Khameini Ali et Khameini Moujtaba (l’actuel) ne sont que ses représentants sur terre. Et ce, en vertu du principe de la wilaya du Fatih, qui signifie le règne du jurisconsulte, une fatwa de l’Imam Khomeini lui-même.
C’est toujours le même mythe du retour du Messie que l’on retrouve d’ailleurs dans le judaïsme mais aussi dans l’Islam sunnite ou de temps en temps l’on a assisté à l’apparition de faux prophètes annonçant qu’ils sont le « mehdi el muntadhar » (le bien guidé attendu), comme au Soudan ou au Nigeria. Sauf que maintenant les adeptes de cette mythologie religieuse sont au pouvoir à la tête d’Etats puissants, voire même nucléaires.
Les mythes au service des intérêts sordides
Les enjeux économiques et bassement matériels de cette guerre, ne sont plus un secret pour personne. Et l’on va même jusqu’à les nommer, comme le fait souvent le président américain lui-même, comme le contrôle des sources d’énergie au Venezuela, en Iran, ou des terres rares, comme en Ukraine. Le mérite de Trump est d’avoir rompu avec l’hypocrisie de ses prédécesseurs qui invoquaient, l’instauration de la démocratie et les droits de l’Homme pour légitimer leurs guerres. Puisqu’il a déclaré, après avoir échappé à un attentat lors de sa campagne électorale, que Dieu l’a choisi pour accomplir un objectif très clair : rendre les USA plus puissants que jamais. Il est bien sûr très peu probable qu’il croit à cette prophétie de l’Apocalypse, car le dossier Epstein et d’autres dossiers prouvent qu’il ne croit qu’au dollar, le Dieu de tout le monde d’ailleurs. Mais il n’hésitera pas une seconde à utiliser cette mythologie pour justifier sa guerre actuelle et celles à venir, pour rester au pouvoir.
D’où la nécessité pour lui de se déclarer victorieux, même s’il perd cette guerre, qui à l’évidence va se prolonger longtemps et risque de dégénérer en guerre régionale totale. Les Chinois et les Russes feront tout pour permettre à l’Iran de résister le plus longtemps possible. Et ce, pour pousser l’Amérique à s’enliser dans une guerre qui finira par l’affaiblir.
Mais réveiller l’hydre religieux, qui sommeille dans chacun de nous, peut avoir des conséquences imprévisibles et catastrophiques.