L’Italie étudie des sources alternatives de gaz naturel, notamment du gaz naturel liquéfié (GNL) américain et des approvisionnements par gazoduc depuis l’Afrique et l’Azerbaïdjan, pour compenser la perte des livraisons du Qatar due au conflit au Moyen-Orient.
Cette semaine, QatarEnergy a invoqué un “cas de force majeure“ et a informé le fournisseur public italien Edison qu’elle ne serait pas en mesure de remplir ses obligations contractuelles concernant cinq cargaisons de GNL dont l’arrivée était prévue début avril. Rome n’est pas inquiet quant à la sécurisation de volumes de remplacement, le Qatar ne fournissant qu’environ 9 % de la consommation annuelle de gaz du pays.
Le gaz provenant du gazoduc libyen est une autre option, bien qu’il faille créer les conditions techniques. Des flux supplémentaires pourraient provenir du Mozambique ou de l’Algérie, via la Tunisie, ainsi que d’Azerbaïdjan.
Opportunité
Il s’agit bien d’une grande opportunité pour la Tunisie. Nous partageons une vulnérabilité similaire et notre production nationale de gaz est en déclin, ce qui a creusé son déficit énergétique pour atteindre environ deux tiers de nos besoins nationaux en 2025, un lourd fardeau pour le budget de l’Etat.
La réponse de la Tunisie à ce défi est précisément ce que l’Italie recherche, soit une électricité décarbonée et stable. L’opportunité réside donc dans la synergie parfaite entre les besoins des deux pays, rendue possible par des projets d’infrastructure concrets.
La colonne vertébrale de l’opportunité est l’interconnexion électrique sous-marine entre la Tunisie et l’Italie, ELMED, d’une capacité d’environ 600 MW pour un coût de 1 041 millions d’euros. Ce projet permettra à la Tunisie d’exporter son excédent d’électricité verte vers l’Italie et le marché européen, générant ainsi des recettes en devises. C’est précisément ce genre de connexion qui répond à la quête de diversification de l’Italie.
Pour alimenter ELMED, la Tunisie a massivement accéléré son programme d’énergies renouvelables. Le pays a validé un plan de 2,3 GW de projets solaires et éoliens pour 2026, lesquels projets font partie du grand objectif de 35 % d’électricité renouvelable d’ici 2030.
Défis à relever
Cependant, ce bel édifice doit surmonter des obstacles pour devenir une réalité. Le principal défi est la capacité d’exécution. Le besoin de financement est important et le pays doit faire encore plus d’efforts au niveau des réformes pour attirer des investissements privés massifs.
A ne pas sous-estimer aussi la concurrence régionale. La Tunisie n’est pas seule. L’Algérie, avec son infrastructure gazière éprouvée, est également un partenaire clé pour l’Italie, comme le montre le débat autour du gazoduc nigérian. A nous donc de jouer la carte de la complémentarité plutôt que de la concurrence directe sur les hydrocarbures.