Lors de l’opération israélo-américaine contre la République islamique, les États-Unis ont déployé le LUCAS. A savoir, un drone kamikaze bon marché, jetable et ouvertement calqué sur le Shahed iranien. Cette nouvelle technologie des drones permet de saturer à moindre coût les défenses adverses.
Il s’agit, sans aucun doute, d’un virage doctrinal majeur dans l’art militaire. Ainsi, de l’Ukraine au Moyen-Orient, les drones kamikazes à bas coût sont en train de révolutionner la guerre moderne.
L’illustration la plus frappante de ce bouleversement en profondeur de la nouvelle tactique sur les champs de bataille des temps modernes? Lors de l’opération américano-israélienne « Fureur épique » contre l’Iran, les États-Unis ont déployé pour la première fois le LUCAS (Low-Cost Unmanned Combat Attack System), un drone explosif à usage unique. Bon marché, jetable et produit en série, il incarne l’intégration du « high-low mix » : combiner armes sophistiquées et essaims de drones jetables pour saturer les défenses adverses. Cela étant, le drone américain n’est qu’une copie conforme du… Shahed-136 iranien. Lequel a été massivement utilisé par les Gardiens de la révolution pour frapper les bases américaines au Moyen-Orient!
Le média spécialisé Defense and Security Monitor souligne que le LUCAS ressemble comme une goutte d’eau au Shahed-136; mais il présente certaines différences techniques. Sa portée serait d’environ 350 kilomètres, contre 2 000 kilomètres pour le modèle iranien. Et sa charge explosive serait plus faible. Les autorités américaines affirment néanmoins qu’il est technologiquement supérieur. Des essais ont permis de l’associer à des systèmes de communication par satellite, notamment ceux de SpaceX et Viasat, renforçant sa flexibilité opérationnelle.
Parallèlement, l’Iran poursuit l’évolution de sa propre gamme. La version Shahed-136B disposerait d’un rayon d’action supérieur à 4 000 kilomètres et de fonctionnalités améliorées. Ces drones, reconnaissables à leur silhouette et au bruit caractéristique de leur moteur – qui leur vaut le surnom de « cyclomoteurs du ciel » –, sont conçus pour frapper des cibles fixes à partir de coordonnées GPS. Leur simplicité de conception facilite leur production et leur déploiement.
C’est une ironie qui n’aura pas échappé aux spécialistes de l’armement. Ainsi, lors des frappes aériennes contre l’Iran, les Américains adoptent désormais une technologie conçue par Téhéran et utilisée en masse par les Russes en Ukraine où elle a fait preuve d’une redoutable efficacité. Pourquoi ?
Asymétrie économique
Selon les experts militaires, l’armée américaine- grisée par sa supériorité technologique incontestable- s’est focalisée pendant des décennies sur des systèmes de haute technologie, coûteux et d’une extrême sophistication. A l’instar du MQ-9 Reaper, un drone dont le prix oscille entre 20 et 40 millions de dollars, de missiles guidés de haute précision ou encore du fameux Patriot, le système de défense antiaérienne et antimissile le plus cher du monde (il faut compter environ 1 milliard à 1,1 milliard de dollars pour une batterie complète et 3 à 4 millions de dollars par missile pièce).
A noter à cet égard que c’est la guerre en Ukraine qui a brutalement rappelé aux stratèges militaires américains une évidence: la masse compte autant que la qualité. En effet, depuis 2022, la Russie utilise massivement les Shahed-136 fournis par l’Iran- et désormais produits sous licence sous le nom de Geran-2- pour frapper les villes ukrainiennes. Ce conflit a démontré qu’une guerre de haute intensité ne repose pas uniquement sur la supériorité technologique, mais aussi sur la capacité industrielle à produire en masse des systèmes simples et jetables. Le « high-low mix », combinant missiles de croisière ou balistiques sophistiqués et essaims de drones rudimentaires, permet de saturer les défenses et d’ouvrir des brèches.
La tactique de la saturation
En effet, face à des défenses sol-air toujours plus performantes à l’instar du Dôme de fer israélien, l’objectif n’est plus seulement de frapper avec précision et au bon endroit; mais de submerger l’ennemi par des drones bon marché, de le contraindre à engager ses intercepteurs onéreux, de révéler ses positions et d’épuiser au final ses stocks. Ainsi, l’asymétrie économique devient alors une arme redoutable : un Shahed iranien coûte entre 20 000 et 50 000 dollars; alors qu’un un seul missile Patriot chargé de l’abattre avoisine les 4 millions. A long terme, le déséquilibre financier est insoutenable.
Ainsi, pour chaque dollar investi par l’Iran dans des drones, ses adversaires peuvent dépenser vingt à trente fois plus pour les intercepter. Ce différentiel rappelle l’épisode de la frégate française Languedoc en mer Rouge fin 2023. Attaquée par des drones houthis de type Shahed, elle avait riposté avec des missiles Aster coûtant environ un million d’euros chacun pour neutraliser des engins valant quelques dizaines de milliers de dollars. Cette disproportion illustre la vulnérabilité des grandes puissances face à des armes simples, mais produites en masse.
En définitive, dans la guerre du futur, l’armée qui saura combiner qualité et quantité de l’armement prend l’avantage. Les drones kamikazes low cost ne sont pas seulement des armes bon marché; ils sont le symbole d’un basculement stratégique. Parfois à l’avantage des plus faibles contre les grandes puissances militaires.