La santé se discute avec les professionnels, mais doit aussi impliquer la presse africaine, voix de la population. C’est l’enseignement de l’événement organisé à Nairobi (Kenya) les 4 et 5 mars 2026. Rencontré en marge, Maturin Tchoumi, chef de secteur Pharma International Afrique chez Roche, décrypte les enjeux de financement en santé. Interview.
Quels sont les principaux enjeux de la santé en Afrique?
Les problèmes sont connus, notamment le financement, exacerbé par la réduction des aides des États-Unis et du Royaume-Uni l’année dernière. Par exemple, pour le test VIH, des choix budgétaires s’imposent. Organiser cette réunion permet de rappeler que l’inaction a un coût : trois pays africains ont perdu 10 millions de dollars en productivité économique due au cancer entre 2017 et 2023.
Quels types de partenariats peuvent-ils être effectués ?
Nous travaillons sur des partenariats public-privé, comme en Tunisie l’année dernière avec le ministère de la Santé pour digitaliser le parcours patient en sclérose en plaques, incluant télémédecine et téléconsultations.
Ces partenariats sont-ils limités à la Tunisie, ou applicables ailleurs en Afrique ?
Nous avons des partenariats par pays, comme en Côte d’Ivoire depuis 10 ans, pour renforcer la prise en charge du cancer, avec co-investissement et prix pérennes sur nos médicaments. Les leçons apprises pourraient s’étendre, mais copier-coller est dur car les États africains diffèrent. Il faut un cadre juridique clair, comme dans d’autres secteurs économiques, et des débats avec les journalistes pour des recommandations continentales.
L’IA va-t-elle remplacer les médecins, ou y a-t-il complémentarité ?
L’IA n’évincera pas le médecin, mais automatisera ses tâches inutiles pour lui, comme le « task shifting » en oncologie où des infirmiers prennent en charge des actes simples. Exemples : transcription vocale des notes, résumé de dossiers patients ou pré-questions au patient, libérant du temps pour plus de consultations. L’humain se concentre sur ce qu’il seul peut faire, et les médecins doivent apprendre à « prompter » l’IA efficacement.
Où en est l’Afrique en matière d’innovation et de recherche ? Y a-t-il des investissements internationaux ?
Suivez l’Africa Genomic Programme en cours. Chez Roche, nous bâtissons un écosystème local de R&D, convaincu qu’il émergera en 10-15 ans grâce à la formation de scientifiques africains, la pression démographique et l’IA qui démocratise l’accès à la connaissance (synthèse de molécules en 4 semaines vs. un an). En Tunisie, il existe déjà un partenariat avec le ministère de la Santé et l’Institut Pasteur pour la recherche génomique.