A la rédaction de ces lignes, les données recueillies sur le site de la Banque centrale de Tunisie (BCT) montrent un cours moyen USD/TND de 2,9084. Sur les marchés, le billet vert ne cesse de s’apprécier face à la monnaie unique européenne.
Pour la Tunisie, il faut suivre de près ces tendances. Car avec ce qui se passe sur le marché pétrolier, il faudra faire très attention. L’impact sur les finances publiques risque d’être significatif.
Pourquoi le dollar monte ?
Les marchés sont inquiets de la hausse des prix du pétrole. Ce qui pénalise les devises des pays les plus exposés aux pénuries d’énergie. Cependant, le dollar bénéficie d’un mouvement de refuge. L’Europe et le Japon sont plus exposés que les États-Unis à la hausse des coûts de l’énergie. Ces derniers étant un exportateur net d’énergie.
Les craintes qu’une inflation plus élevée ne retarde la date de la prochaine baisse des taux d’intérêt par la Réserve fédérale ont également soutenu le dollar. Une baisse des taux n’est plus pleinement anticipée avant septembre; contre des attentes précédentes pour juillet. Les marchés continuent d’intégrer deux baisses d’un quart de point de pourcentage d’ici la fin de l’année.
Effet positif sur l’encours de la dette
D’après les documents du projet de budget de l’État pour 2026, l’incidence de la hausse du dollar américain se manifeste principalement par une augmentation mécanique de la dette publique.
Selon le tableau de sensibilité aux taux de change, une augmentation de seulement 0,01 dinar par rapport au dollar américain entraîne une hausse de la dette de l’État de 46,9 millions de dinars en 2026. Bien évidemment, vu que plus de 58 % de notre dette extérieure est libellée en euro, et qu’une dépréciation de la monnaie unique de 0,01 dinar fait baisser l’encours de la dette publique de 105,6 millions de dinars, les comptes publics pourraient tirer profit sur ce volet. Idem pour la monnaie japonaise, dont une hausse de 0,01 dinar par 1 000 yen nous fait gagner 17,4 millions de dinars au niveau de l’encours.
Effet nocif sur la balance énergétique
Mais le revers de la médaille – et quel revers – s’observe au niveau de la balance énergétique. Une augmentation de 0,01 dinar du taux de change du dollar face au dinar entraîne une hausse de 43 millions de dinars dans les dépenses des subventions.
La balance énergétique risque donc gros si la tendance se poursuit. Heureusement, en dépit des incertitudes sur la date de la fin des hostilités, les marchés partagent la conviction que cela ne va pas durer longtemps. Les retombées seraient donc limitées dans le temps, mais significatives.
Plus que jamais, la solidité de nos réserves de change jouera un rôle clé dans la préservation des équilibres macroéconomiques. Une autre raison de garder le Taux Directeur à son niveau actuel.