Les géants mondiaux du transport maritime, Maersk et CMA CGM, ont annoncé, dimanche 1er mars, la suspension temporaire de leurs traversées par le canal de Suez. Et ce, en raison de la forte dégradation de la situation sécuritaire au Moyen-Orient.
Le groupe danois Maersk a indiqué que plusieurs de ses services majeurs, notamment ME11 et MECL, avaient été déroutés vers le cap de Bonne-Espérance. Allongeant ainsi considérablement les temps de transit. L’entreprise a toutefois précisé que la réception de marchandises à destination du Moyen-Orient restait assurée, malgré ces ajustements logistiques.
Ces décisions s’inscrivent dans un mouvement plus large de retrait des grandes compagnies maritimes du Golfe, sur fond de guerre impliquant les États-Unis, Israël et l’Iran. Cette situation devrait ralentir davantage l’acheminement des flux commerciaux et énergétiques dans une région clé du commerce mondial.
En effet, les Gardiens de la révolution iraniens ont diffusé, samedi 28 février, des avertissements radio à destination des navires, les appelant à ne pas pénétrer dans le détroit d’Ormuz, axe maritime essentiel par lequel transite une part significative du commerce mondial.
De son côté, CMA CGM a publié un communiqué ordonnant à l’ensemble de ses navires présents dans le Golfe, ou en route vers la zone, de « se mettre à l’abri ». Le groupe, troisième opérateur mondial du transport maritime de conteneurs, a confirmé la suspension de tout transit par le canal de Suez « jusqu’à nouvel ordre », avec une redirection systématique des navires via l’Afrique australe.
La vague de suspensions s’est étendue à d’autres acteurs majeurs. Hapag-Lloyd, cinquième compagnie maritime mondiale, a annoncé l’arrêt immédiat de tous ses transits par le détroit d’Ormuz. Les compagnies japonaises ont également emboîté le pas. Un porte-parole de Nippon Yusen a confirmé que ses navires avaient reçu l’ordre de cesser toute traversée de la zone. Tandis que Mitsui OSK Lines a indiqué privilégier la sécurité des équipages, des cargaisons et des navires.
Ayman Shalaby, directeur de Med Bulk Shipping Solutions, a expliqué que le canal de Suez demeure en temps normal le choix privilégié des armateurs en raison de son rôle stratégique dans la réduction des durées de trajet et des coûts d’exploitation, notamment pour les porte-conteneurs opérant sur des lignes régulières, ainsi que pour les pétroliers et les vraquiers. Toutefois, l’augmentation des risques opérationnels, des menaces sécuritaires et des coûts liés à la protection des navires a conduit plusieurs compagnies à réviser leurs tarifs et à privilégier la route du cap de Bonne-Espérance. Selon lui, le retour à la normale dépendra de la levée des menaces et de garanties crédibles sur la sécurité de la navigation.
M. Shalaby met enfin en garde contre un scénario particulièrement critique dans lequel les perturbations du détroit d’Ormuz coïncideraient avec celles du canal de Suez. Une telle configuration pourrait entraîner une flambée des coûts de transport, exercer une pression accrue sur l’économie mondiale, renforcer la dépendance aux stocks stratégiques et accélérer une recomposition durable des chaînes d’approvisionnement internationales.