La Tunisie a enregistré un taux de croissance de 2,5 % en 2025, relève l’Institut national de la statistique (INS). Il est conforme aux prévisions du FMI. Mais ce résultat demeure très en deçà des exigences du pays et des performances de ses voisins régionaux, déclare à leconomistemaghrebin.com l’économiste Aram Belhadj. Les perspectives pour 2026 s’annoncent encore plus moroses, avec un taux anticipé de seulement 2,1 %, selon les prévisions du FMI.
La Tunisie a réalisé en 2025 un taux de croissance de 2,5 %, confirmant les estimations du Fonds monétaire international (FMI) publiées en octobre dernier. Si ce chiffre marque une progression par rapport aux 1,4 % enregistrés en 2024, il reste insuffisant pour répondre aux défis économiques du pays, estime Aram Belhadj, économiste et enseignant-chercheur à l’Université de Carthage.
Selon l’expert, un tel taux ne permet pas d’envisager une réduction significative du chômage, ni de la pauvreté. La comparaison avec les pays voisins révèle un écart préoccupant. Le Maroc affiche une croissance de 4,4 % en 2025 et devrait atteindre 4,2 % en 2026. Soit le double des performances tunisiennes. La Mauritanie enregistre 4 % en 2025, avec une prévision de 4,3 % l’année suivante. Tandis que la Jordanie atteint 2,7 % et vise 2,9 % en 2026. Ce benchmarking régional place donc le pays en bas de l’échelle.
Pour Aram Belhadj, ces résultats traduisent des « choix économiques erronés, l’absence de réformes structurelles et un climat d’investissement qui demeure défavorable, malgré certaines améliorations ». L’économiste insiste sur le caractère non soutenable de la trajectoire actuelle; alors que le pays a besoin de paliers beaucoup plus élevés.
L’expert identifie plusieurs axes prioritaires pour inverser la tendance. Il préconise d’abord d’assurer la stabilité gouvernementale et l’amélioration de la gouvernance. Tout en estimant que les remaniements ministériels trop fréquents constituent un frein majeur. La simplification administrative et la lutte contre la bureaucratie et la corruption représentent le deuxième chantier crucial. Le troisième axe concerne l’activation du secteur privé, notamment à travers la mise en œuvre effective des pactes sectoriels existants et la négociation de nouveaux accords avec des secteurs stratégiques.
Aram Belhadj souligne également l’urgence de réformes systémiques au niveau fiscal, du système de compensation et des entreprises publiques qui nécessitent une restructuration en profondeur. Enfin, l’économiste insiste sur la nécessité d’assurer la cohérence entre la politique budgétaire et la politique monétaire.
Sans action déterminée sur ces différents leviers, la Tunisie ne parviendra pas à réaliser le sursaut quantitatif et qualitatif dont elle a besoin, avertit-il. Les perspectives pour 2026 confirment cette inquiétude, avec un taux anticipé par le FMI de 2,1 %, inférieur au résultat de 2025.
Malgré ce tableau sombre, Aram Belhadj considère que l’espoir reste permis. Et ce, à condition que les autorités s’engagent résolument dans la mise en œuvre de ces transformations structurelles.