Qui n’a jamais ressenti, au plus profond de son âme, ce besoin vital de regarder sa mère biologique dans les yeux ? Peu importe l’âge, enfant ou adulte,, cette quête des origines est une soif inextinguible, un appel primal qui résonne en chacun de nous, comme chez Moez Chriti. C’est le battement d’un cœur orphelin, cherchant non seulement une identité et la rencontre avec sa mère biologique.
Moez Chriti a toujours porté en lui le poids déchirant de l’abandon : sa mère l’a laissé à l’hôpital, et dès ses 11 ans, une quête obsédante l’a consumée. Des années de recherches vaines, des pistes qui s’évanouissent comme des ombres. Adulte, il reprend le flambeau, fouillant les archives des hôpitaux de Nabeul et Grombalia, le cœur serré d’espoir et de désespoir. Rien. Absolument rien. Tel est le fil rouge du documentaire Looking for My Mother, réalisé par Anis Lassoued, qui plonge au plus intime de ce parcours lacéré, source vive d’inspiration pour le clip Mchiti w Khalitini (avec Haroun Hamza). Ces œuvres hurlent les thèmes de l’abandon, de l’enfance volée et de la résilience qui forge l’âme.
Chacun porte son trauma, son histoire unique qui murmure ou hurle en silence. Le vendredi 13 février à 16h, Enda Inter-Arabe a ouvert les portes de l’Espace El Kahina pour une projection presse émouvante. Née d’une expérience vraie, marquée par l’absence et la redécouverte de soi, une thérapie libératrice pour Moez et Anis, liés désormais par une amitié profonde, forgée dans les silences complices. Comme ils l’ont confié après la projection : « Tayehna il yoajuora » – ils sont devenus des frères d’âme, se comprenant sans mots.
Cette œuvre réaffirme le rôle citoyen du cinéma tunisien, art avant-gardiste qui ose briser les tabous. Le débat qui a suivi a remué les cœurs : normes sociales étouffantes de l’abandon, quête dévorante des origines, faim viscérale de reconnaissance, et l’art comme baume, levier d’émancipation et de renaissance collective.
Anis Lassoued, une fois de plus, a ému aux larmes avec cette histoire véridique. Dans une déclaration exclusive à L’Economiste Maghrébin, il rappelle la vision pionnière de la Tunisie : dès l’indépendance, Habib Bourguiba a instauré des institutions comme SOS Gammarth, 64 ans avant le Maroc (qui a suivi en 2002). Dans le monde arabe, où l’abandon reste un tabou assourdissant, la Tunisie demeure en avance, un phare social allumé par Bourguiba.
Par cette initiative, Enda Inter-Arabe, ONG au cœur d’un développement inclusif et durable, tisse des liens humains, soutient les âmes en errance et élève la culture en arme de changement profond.