Dans un contexte marqué par une volonté affirmée de refondation économique et sociale, la finance numérique s’impose comme un levier structurant pour élargir l’accès aux services financiers, soutenir l’économie réelle et réduire les déséquilibres territoriaux. Encore faut-il que cette transformation soit pensée comme un outil d’inclusion durable, et non comme une simple modernisation technologique.
La digitalisation des services financiers s’est progressivement ancrée dans le paysage économique tunisien. Le développement des paiements électroniques, du mobile banking et des solutions digitales proposées par les établissements financiers traduit une évolution réelle des usages, tant pour les ménages que pour les entreprises.
Les données disponibles confirment cette dynamique : plusieurs millions de cartes bancaires sont aujourd’hui en circulation, les opérations électroniques se comptent en centaines de millions et les volumes de transactions atteignent plusieurs dizaines de milliards de dinars. Cette progression reflète une appropriation croissante des outils numériques, portée notamment par la généralisation du téléphone mobile et l’essor des services dématérialisés.
Toutefois, cette évolution demeure inégalement répartie selon les territoires et les catégories socio-professionnelles.
Inclusion financière : au-delà de l’accès formel
L’inclusion financière ne peut être réduite à la simple ouverture d’un compte ou à la détention d’un moyen de paiement électronique. Elle suppose une capacité effective à utiliser les services financiers de manière régulière, autonome et adaptée aux besoins réels.
Pour une partie de la population — ménages à revenus modestes, travailleurs indépendants, très petites entreprises —, les obstacles tiennent moins à l’absence d’offre qu’à sa complexité, à un déficit d’accompagnement ou à une inadéquation avec les pratiques économiques locales.
Une inclusion partielle limite l’accès au crédit, freine la formalisation des activités et réduit la capacité des acteurs économiques à investir et à se projeter dans la durée.
Finance numérique et territoires : un levier de rééquilibrage
Pensée de manière cohérente, la finance numérique peut contribuer à réduire les déséquilibres territoriaux. Elle offre des opportunités concrètes pour améliorer l’accès aux services financiers dans les zones à faible densité bancaire et renforcer l’intégration économique des territoires.
Elle permet notamment de sécuriser les transactions commerciales locales, d’élargir l’accès au financement pour les micro-entrepreneurs et de faciliter l’intégration progressive de certaines activités dans les circuits formels.
Ce potentiel reste toutefois conditionné par la qualité des infrastructures numériques, la présence de dispositifs d’accompagnement de proximité et l’adaptation des produits financiers aux réalités locales.
Leviers d’une inclusion financière territoriale:
- Renforcement des infrastructures numériques régionales
- Déploiement de solutions hybrides combinant digital et présence humaine
- Programmes ciblés d’éducation financière
- Produits financiers adaptés aux cycles économiques locaux
- Coopération entre banques, institutions publiques et collectivités territoriales.
La finance numérique comme instrument de cohésion économique
Au-delà de l’innovation technologique, la digitalisation financière peut devenir un instrument structurant de l’action publique. Elle offre la possibilité d’aligner plus finement les dispositifs de financement sur les priorités économiques et sociales, tout en améliorant la transparence et l’efficacité des mécanismes existants.
Cette ambition suppose une coordination renforcée entre institutions financières, autorités publiques et acteurs territoriaux, ainsi qu’un suivi régulier des écarts d’accès et d’usage entre régions.
La finance numérique cesse alors d’être un simple canal de distribution pour devenir un vecteur de cohésion économique et sociale.
En perspective
La digitalisation de la finance en Tunisie représente une opportunité majeure pour consolider l’inclusion financière et renforcer l’équité territoriale. À condition d’être pensée comme un outil au service des citoyens et des entreprises locales, elle peut contribuer à inscrire durablement la refondation économique et sociale dans les pratiques quotidiennes.
L’enjeu est désormais de transformer l’innovation financière en impact concret, mesurable et partagé, afin que chaque région puisse pleinement participer à la dynamique nationale de développement.
Abdelwaheb Ben Moussa
Ingénieur diplômé – IT bancaire