Le verbe tunisien rayonne sur les rives du Nil. Nizar Chakroun vient de graver son nom dans le palmarès inaugural du Prix Naguib Mahfouz du roman arabe. Cette distinction fraîchement créée illumine désormais le paysage littéraire arabophone. L’annonce est tombée mardi dernier, au crépuscule de la 57e Foire internationale du livre du Caire. En effet, cet événement intervient quinze jours après l’ouverture des portes le 21 janvier.
« Les Jours du Fatimide mis à mort », tel est le titre de cette œuvre qui a su captiver le jury. Le roman a été publié en 2025 dans une coédition Dar Safsafa-Dar Miskiliani. Par ailleurs, il mêle les échos d’un passé fatimide revisité et les interrogations brûlantes de notre présent.
Les jurés saluent « une aventure esthétique audacieuse ». Celle-ci est tissée de temporalités entrelacées. Ainsi, passé, présent et futurs possibles dialoguent dans une construction narrative complexe. Cette dernière sonde les abîmes de l’identité arabe contemporaine. Au cœur du récit : pouvoir, justice, légitimité du jugement. En somme, une enquête historique qui résonne comme un miroir tendu aux violences et aux autorités d’aujourd’hui.
Une double reconnaissance internationale
Ce n’est pas la première fois que l’ouvrage attire les projecteurs. En effet, quelques semaines auparavant, mi-décembre 2025, il figurait sur la liste longue du prestigieux Prix international de la fiction arabe (IPAF) 2026. Seize romans ont été retenus parmi cent trente-sept candidatures. Ces dernières provenaient de dix pays arabes. De plus, la sélection s’est faite sous l’œil du critique tunisien Mohamed Elkadhi, président du jury international.
Un hommage au maître égyptien
Baptiser ce nouveau prix du nom de Naguib Mahfouz n’est pas anodin. En effet, cet écrivain est le premier arabophone couronné par le Nobel de littérature en 1988. Le romancier égyptien, disparu en 2006, incarne à lui seul l’âge d’or du récit réaliste arabe. Par ailleurs, la Foire du Caire a choisi de célébrer sa mémoire. Elle en a fait la personnalité centrale de cette 57e édition.
Nizar Chakroun : un parcours littéraire remarquable
Né en 1970, cet auteur aux multiples casquettes compte plus de vingt ouvrages à son actif. Il est à la fois poète, romancier, critique d’art et traducteur. Son parcours jalonne les distinctions. Notamment, il a reçu le Prix national de la poésie en Tunisie. De même, il a obtenu le Prix arabe de la critique plastique du gouvernement de Sharjah aux Émirats.
Sa bibliographie romanesque impose le respect. Elle comprend « Bent Sidi Raïs » (2011), « La cloche et le minaret » (2018), et « Le sang du taureau » (2019). Puis vint « Zoul Allah » en 2022. Ce dernier a été couronné l’année suivante du Prix Béchir Khraïef du meilleur roman tunisien. Cette distinction lui a été décernée lors de la 37e Foire du livre de Tunis, tenue du 28 avril au 7 mai 2023.