Dans un contexte de contraintes budgétaires et de déficit énergétique aggravé par les tensions géopolitiques, Sadok Besbes, président du GP des Énergies Renouvelables à Conect Tunisie, défend les partenariats public-privé (PPP) comme un outil clé pour financer les infrastructures renouvelables sans alourdir la dette publique. Interview exclusive à L’Economiste Maghrébin.
Comment les PPP peuvent-ils lever les contraintes tout en garantissant une équité régionale dans le déploiement des infrastructures renouvelables ?
Sadok Besbes, Président GP des Énergies Renouvelables à la Conect : Dans un contexte de contraintes budgétaires fortes et de déficit énergétique structurel, les PPP représentent pour la Tunisie un outil économique permettant de financer les infrastructures renouvelables sans alourdir la dette publique. Ils facilitent la mobilisation de capitaux privés, la mutualisation des risques et l’optimisation des coûts sur le cycle de vie des projets.
L’enjeu de l’équité régionale est avant tout économique. Sans mécanismes correctifs, l’investissement se concentre dans les zones à rentabilité immédiate. Une approche efficiente des PPP suppose donc une planification nationale orientant les investissements vers les régions de l’intérieur, à travers des incitations ciblées, des mécanismes de garantie et des appels d’offres intégrant des critères de développement local. Le GPER plaide pour des modèles de PPP capables de transformer le potentiel énergétique régional en levier de croissance économique locale.
Les PPP permettent de transformer une contrainte budgétaire en opportunité d’investissement productif, à condition qu’ils soient pensés dans une logique d’équilibre territorial.
Dans un contexte de crise énergétique, comment les PPP peuvent-ils aider la Tunisie à gérer la variabilité énergétique malgré les tensions géopolitiques ?
La crise énergétique a un impact direct sur la balance commerciale tunisienne et sur la compétitivité des entreprises. La dépendance aux importations de gaz expose l’économie nationale à une forte volatilité des prix et à des risques géopolitiques persistants. Les PPP constituent un outil économique de réduction de cette exposition, en accélérant l’investissement dans les énergies renouvelables locales et en favorisant la diversification du mix énergétique. À moyen terme, ils peuvent également soutenir le développement du stockage et la modernisation des réseaux, éléments indispensables pour sécuriser l’approvisionnement et stabiliser les coûts de l’électricité. Le GPER défend une vision des PPP orientée vers la réduction du coût global de l’énergie pour l’économie nationale.
Quels mécanismes de PPP peuvent concilier transition énergétique et déficit énergétique tout en assurant une accessibilité territoriale ?
Les mécanismes de PPP les plus pertinents sont ceux qui permettent une allocation optimale du capital et une réduction du coût de l’énergie. Les modèles BOOT ou BOT sont adaptés aux projets de production à grande échelle, tandis que les PPP décentralisés favorisent le développement du solaire distribué et de l’autoproduction industrielle, avec un impact direct sur la compétitivité des entreprises.
Par ailleurs, les contrats de performance énergétique constituent un levier économique majeur pour réduire la demande énergétique et maîtriser les dépenses publiques. L’accessibilité territoriale passe par des mécanismes de garantie et des montages financiers hybrides permettant d’orienter l’investissement privé vers les régions à plus faible rentabilité immédiate. Le GPER œuvre pour une meilleure intégration des entreprises tunisiennes dans ces dispositifs, afin de maximiser la valeur ajoutée locale.
Comment les PPP atténuent-ils la crise énergétique et quels sont les défis économiques persistants ?
Les PPP contribuent à atténuer la crise énergétique en accélérant les investissements, en limitant le recours au financement public et en améliorant l’efficacité économique des projets énergétiques. Ils participent également à la structuration d’un écosystème national créateur d’emplois et de valeur ajoutée.
Toutefois, des défis économiques subsistent : lourdeurs administratives, manque de visibilité réglementaire, coûts de financement élevés et perception du risque pays. Pour le GPER, l’amélioration du climat d’investissement et la simplification des procédures sont des conditions essentielles pour faire des PPP un véritable moteur de croissance.
Pourquoi étendre les PPP à d’autres secteurs structurants malgré un cadre légal existant ?
Le cadre légal des PPP est en place, mais son potentiel économique reste sous-exploité. L’extension des PPP à d’autres secteurs structurants réseaux électriques, stockage, eau, dessalement, transport, infrastructures numériques — permettrait d’optimiser l’allocation des ressources publiques et de soutenir la compétitivité de l’économie tunisienne.
Dans cette perspective, le GPER considère les PPP comme un outil de transformation économique, au-delà du seul secteur énergétique.
La transition énergétique est aussi un enjeu de compétitivité économique et de soutenabilité des finances publiques. Les PPP peuvent en être un levier structurant.