Aujourd’hui, 79 % des capitaux des entreprises tunisiennes servent à préserver l’existant plutôt qu’à préparer l’avenir. Pourtant, 62 % d’entre elles ont atteint leurs objectifs de rentabilité en 2024. Ce contraste saisissant résume l’état d’esprit du secteur privé, selon le rapport « CEO 50 » de l’IACE. Malgré des finances solides, l’économie avance à pas comptés. L’incertitude des règles freine les dirigeants plus que le marché lui-même.
L’enquête auprès de cinquante dirigeants révèle des entreprises robustes mais sur la réserve. Près de deux tiers des répondants affichent une réelle rentabilité, prouvant leur capacité d’adaptation. Cependant, cette réussite reste défensive. Les chefs d’entreprise redoutent surtout l’imprévisibilité réglementaire et fiscale. À cela s’ajoutent des procédures administratives lourdes et une concurrence informelle qui touche 44 % des entreprises. Ce cocktail alimente une forte aversion au risque.
L’innovation sacrifiée
Ce manque de visibilité dicte les choix d’investissement. Le renouvellement d’équipements obsolètes absorbe 46 % des budgets, tandis que 33 % servent à étendre des activités existantes. En revanche, l’innovation ne capte que 12 % des ressources et la diversification à peine 9 %. La quasi-totalité de l’effort financier finance la continuité plutôt que la transformation. Cette prudence diffère de l’attitude offensive observée au Maroc ou au Brésil, malgré des contraintes similaires.
Pour l’IACE, ce comportement révèle un verrou structurel lié à la confiance. La rentabilité seule ne déclenchera pas d’investissements ambitieux sans règles du jeu claires. Le rapport réclame donc une stabilisation institutionnelle urgente et des réformes lisibles. La simplification administrative est un levier déterminant. Elle doit passer par la numérisation et la généralisation de guichets uniques pour réduire les délais.
Moderniser pour croître
Sur le plan financier, l’IACE préconise des mécanismes de financement dédiés à l’innovation. Ces outils compenseraient la prudence des banques traditionnelles. La modernisation technologique doit aussi permettre à l’industrie de monter en gamme. Enfin, l’institut plaide pour un baromètre régulier de la perception des dirigeants. Cet outil permettrait d’ajuster les politiques publiques aux réalités du terrain.
En résumé, le tissu entrepreneurial tunisien sait résister aux chocs. Mais sans un environnement prévisible, cette résilience restera une gestion de survie plutôt qu’un moteur de croissance durable.