Donald Trump en fait une des principales réalisations de sa première année à la Maison Blanche : le 16 janvier, il a dévoilé la structure et la composition du « Conseil de la paix », l’organe chargé de superviser la reconstruction et la gouvernance de Gaza.
Les principaux membres de ce conseil sont l’ancien Premier ministre britannique Tony Blair, le gendre de Trump, Jared Kushner, le secrétaire d’État américain Marco Rubio, le promoteur immobilier Steve Witkoff, le dirigeant de fonds d’investissement Marc Rowan et quelques autres.
Les défenseurs de ce Conseil le présentent comme « une solution transitoire pragmatique ». Les critiques y voient « une administration coloniale » et déplorent le fait qu’un tel Conseil soit mis en place et géré par« la puissance qui a soutenu la guerre et financé la destruction de l’enclave palestinienne ».
Les Palestiniens et tous ceux qui soutiennent leur cause à travers le monde se posent la même question : suivant quelle logique les co-responsables de la dévastation de Gaza devraient-ils superviser sa reconstruction ?
On ne peut pas dire que les personnages qui composent ce Conseil aient la compétence politique et technique pour faire face au désastre gigantesque qu’est devenu la bande de Gaza. Pire encore, ils sont loin d’être neutres, comme ils l’ont prouvé tout au long de la guerre, en s’alignant derrière les génocidaires israéliens contre les victimes palestiniennes. Qu’on en juge.
Jared Kushner fait partie de ce Conseil pour une seule et simple raison : il est le mari de la fille de Donald Trump. De son implication dans l’imbroglio moyen-oriental, il ne cherche que deux choses : faire des affaires et accroître sa fortune d’une part, et servir scrupuleusement les intérêts d’Israël d’autre part. Il est derrière les moribonds « accords d’Abraham », et a joué un grand rôle dans le déplacement de l’ambassade américaine de Tel-Aviv à Jérusalem. Concernant Gaza, il a tout fait pour que les habitants palestiniens de l’enclave soient déplacés ailleurs pour en faire, lui et son beau-père, une « riviera »…
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Steve Witkoff, un milliardaire new yorkais, a fait fortune dans l’immobilier. Bien qu’il soit sans la moindre expérience politique ou diplomatique, son ami Donald Trump lui a confié des missions dans des crises complexes au Moyen-Orient et en Ukraine dont il ignore tout de leurs complexités.
A ceux qui s’étonnent de le voir si actif dans des domaines qui ne sont pas les siens, il a répondu qu’il est… « en train de lire des livres et de regarder des documentaires sur le sujet ».
Le secrétaire d’Etat Marco Rubio est un néoconservateur et un défenseur zélé d’Israël, comme tous les politiciens américains dont les campagnes électorales sont financées par les milliardaires pro-israéliens et les lobbies sionistes aux Etats-Unis. Lors d’une visite à Jérusalem en 2025, il a refusé toute discussion sur un cessez-le-feu avant « l’anéantissement total de Hamas ». Il a même averti les alliés européens que « la reconnaissance d’un État palestinien compromettrait les chances de paix ».
Mais le personnage le plus problématique de ce Conseil est incontestablement l’ancien Premier ministre britannique, Tony Blair. Le rôle de premier plan qu’il joua dans l’invasion de l’Irak en 2003, a fait de lui un criminel de guerre méprisé par une large partie de la population britannique et abhorré à travers le monde.
Les millions de morts et de blessés et les dizaines de millions de déplacés, dont il partage la responsabilité avec Georges W. Bush, ne semblent pas le perturber outre mesure. Aurait-il eu un brin de décence et un soupçon de remords, il se serait fait oublier dans un coin reculé de Grande Bretagne où il méditerait sur ses grands crimes. Mais sa voracité, sa cupidité et son désir pathologique de s’enrichir encore plus l’empêchent de disparaitre de la scène, bien qu’il ne puisse ignorer le mépris que lui témoignent les millions à travers la planète.
Mais le monde étant ce qu’il est, pourquoi s’étonner qu’un criminel de guerre soit chargé de gérer la terrifiante situation résultant d’une guerre génocidaire ?
Pourquoi s’étonner que le « Conseil de la Paix »soit composé d’individus dont le passé inclut le déclenchement de guerres, le profit tiré de l’instabilité régionale et la défense des objectifs militaires d’Israël ?
Pourquoi s’étonner enfin que ceux qui ont joué un rôle clé dans l’invasion de l’Irak, œuvrer pour un nettoyage ethnique à Gaza et appelé à l’éradication de toute résistance palestinienne se présentent aujourd’hui comme des artisans de la paix ?