Les séquences se suivent et se ressemblent. L’Iran fait face à un nouveau soulèvement populaire réprimé dans le sang par le régime des Mollahs. Celui-ci se trouve plus affaibli que jamais, au terme d’années d’embargo et d’une pression sécuritaire persistante (de la part d’Israël et des Etats-Unis. Trump laisse planer la menace d’une intervention militaire. Si le régime iranien devait chuter, 2026 symboliserait ce nouvel ordre régional et international, de la même manière que la Révolution islamique survenue en 1979 avait marqué une rupture historique et géopolitique.
Une République islamique : l’identification d’une menace
Avec la révolution islamique et la fin du régime du Shah d’Iran, les Etats-Unis avaient perdu un allié stratégique dans la région du Golfe, gardien de l’exploitation des gisements pétrolifères du Golfe. Autoproclamée « défenseur de tous les musulmans » (article 152 de la Constitution nationale). Rapidement, la République islamique d’Iran a été perçue comme une menace stratégique par les monarchies sunnites du Golfe (fragilisées par la présence de fortes minorités chiites en leur sein) et par les Occidentaux.
Alliés à l’époque du Shah, lorsque l’Iran était promu par les États-Unis « gendarme du Moyen-Orient » en vue de préserver l’exploitation des gisements pétrolifères de la région, la Révolution islamique et l’instauration d’une République théocratique chiite théorisée et incarnée par la figure de l’ayatollah Khomeiny sont rapidement érigées en ennemis stratégiques et idéologiques.
Un événement historique qui a provoqué une remarquable onde de choc, la nouvelle théocratie islamique étant perçue comme une menace par l’Occident comme par la plupart des régimes arabes « laïcs » ou fondamentalistes sunnites.
Du reste, c’est l’Irak – et le régime baasiste – de Saddam Hussein qui a attaqué l’Iran (1980-1988), avec le soutien des Occidentaux, lors de la première guerre du Golfe. Les pays arabes voisins sont accusés par l’Ayatollah Khomeiny d’être dirigés par des « pouvoirs impies soumis aux puissances impérialistes ».
Autoproclamé « défenseur de tous les musulmans » (article 152 de la constitution), le régime des mollahs a opté pour une politique d’influence ou d’hégémonie politique, plutôt que l’invasion des territoires (terrestres et maritimes) convoités. Une alliance stratégique a ainsi été scellée en 1982 avec le régime syrien tenu par les chiites alaouites et les chiites libanais du Hezbollah. En réaction, les États-Unis, soutenus par les monarchies sunnites du Golfe et par l’Arabie saoudite en particulier, fragilisés par la présence de fortes minorités chiites en leur sein (communauté majoritaire à Bahreïn), ont déployé une stratégie d’encerclement et d’isolement de l’Iran. Outre l’installation et le renforcement progressif de bases militaires de l’Arabie saoudite à l’Afghanistan en passant par le Qatar et les Emirats arabes unis, ces pays arabes se sont regroupés au sein du Conseil de coopération du Golfe (CCG).
Afin de briser le « bloc sunnite », l’Iran a tenté de se faire le nouveau porte-drapeau de la « cause palestinienne », en l’« islamisant » et en la « désarabisant », tentative qui a causé des tensions diplomatiques avec Israël et s’est traduite par un soutien matériel et financier aux islamistes sunnites du Hamas (au pouvoir à Gaza). Surtout, la chute du régime de Saddam Hussein a permis à la majorité chiite de s’imposer au sein du nouvel appareil d’État irakien.
Par une ruse de l’histoire, l’intervention américaine en 2003 a renforcé l’avènement d’un « arc chiite » (allant des Hazaras d’Afghanistan à la minorité chiite présente en Arabie saoudite), si redouté par les régimes sunnites de la région. L’enjeu est à la fois stratégique et symbolique : entre chiites et sunnites, Arabes et Perses, c’est le « leadership islamique » qui est en jeu.
Une menace nucléaire ?
Cette compétition explique l’opposition radicale des pays du Golfe au « programme nucléaire iranien »… à l’instar d’Israël et des Occidentaux. Tous soupçonnent l’Iran de vouloir se doter de l’arme nucléaire sous couvert d’un programme d’énergie civile, ce que Téhéran dément. Il n’empêche, la perception de l’Iran comme menace stratégique régionale et internationale est liée à son « programme nucléaire » qui a justifié des frappes américaines et une « guerre sourde » menée par les Israéliens (assassinats de scientifiques, attaques informatiques, etc.).
Quelle que soit l’évolution du « dossier nucléaire iranien », celui-ci est un excellent révélateur du traitement différencié dont font l’objet les acteurs de la région : Israël bénéficie en effet ici (comme ailleurs) d’un soutien ferme de l’Occident, alors que ce pays est l’un des rares à refuser de ratifier le traité de non-prolifération des armes nucléaires. Et pour cause : Israël est l’unique puissance nucléaire de la région.
Plus largement, le Moyen-Orient reflète de manière significative la reconfiguration de l’ordre international marqué à la fois par le primat de la force et la volonté hégémonique israélo-américaine.