L’environnement international reste marqué par de fortes incertitudes géopolitiques et tarifaires, où les risques de montée du protectionnisme pourraient s’intensifier à l’approche des échéances électorales de mi-mandat américaines de novembre 2026. La Tunisie demeure particulièrement exposée aux chocs externes, mais les difficultés internes font que l’année 2026 s’annonce sous le signe des fragilités économiques, environnementales et sociales.
Gabès: un foyer de crise environnementale, source de tensions sociales
Jusqu’à quand la ville de Gabès continuera-t-elle de payer le prix d’un modèle industriel polluant et jamais réellement corrigé ? L’incapacité à traiter durablement le dossier de Gabès n’expose-t-elle pas la Tunisie à un double coût, interne (santé, employabilité) et externe (compétitivité et accès aux financements verts) ? L’absence de décisions courageuses en matière de dépollution et de réparation environnementale ne risque-t-elle pas de maintenir un statu quo dévastateur et d’alimenter un sentiment d’abandon et d’injustice territoriale?
Financement interne : un nouveau goulot d’étranglement
Le recours croissant au financement intérieur ne cache-t-il pas une fragilisation profonde des équilibres macro-financiers ? Continuer de monétiser le déficit budgétaire ne risque-t-il pas de compliquer le pilotage des anticipations inflationnistes par la BCT et d’écourter le cycle de baisse des taux, érodant ainsi sa crédibilité ? Dans une économie fortement dépendante des importations, ce type de financement ne risque-t-il pas de se traduire par des tensions sur la demande de devises et une contrainte accrue sur les réserves de change génératrice de pressions baissières sur le dinar ?
Secteur bancaire : une loi aux effets contre-productifs
La loi n°41-2024, dont l’objectif est de réguler le chèque, ne s’est-elle pas révélée contre-productive, avec une baisse de son utilisation (- 67,9%) et une augmentation inquiétante de la liquidité (26,4 milliards de dinars en décembre 2025 contre 21,7 milliards en décembre 2024) ? Ebranler la confiance dans le chèque, un instrument encore crucial pour le secteur bancaire, ne risque-t-il pas de fragiliser davantage un secteur déjà exposé au risque souverain et de saper tout espoir de gagner la bataille du décashing ?
L’heure n’est plus aux demi-mesures ni aux textes réglementaires dépourvus de vision stratégique. La Tunisie ne pourra renforcer durablement sa résilience et renouer avec une croissance solide qu’en engageant des réformes économiques profondes, intégrant pleinement les impératifs environnementaux et sociaux.
Par Noura Harboub Labidi
Cet article est disponible dans le mag. de l’Economiste Maghrébin n 935 du 31 décembre 2025 au 14 janvier 2026.